« Rythmes » : Pourquoi l’Etat impose cette réforme. Pourquoi SUD lutte contre.

jeudi 20 novembre 2014
par  SUD Education 92

Derrière l’apparente incohérence des réformes successives, se dessine
une politique à vocation universelle, active partout où un système public entrave
le développement du libéralisme conquérant. La réforme dite des rythmes s’inscrit
pleinement dans cette involution.

La stratégie de Lisbonne est l’acte
fondateur, en 2000, du pilotage
européen de l’Education. Il
s’agit de faire de l’Union européenne
« l’économie de la connaissance la
plus compétitive et la plus dynamique
du monde ». Cela se situe dans le
cadre de la déréglementation des services
publics (énergie, transports, télécommunication)
pour constituer un
grand marché des services, en lien
avec la déréglementation du « marché
du travail » (lois protégeant les travailleursSes,
statuts des fonctionnaires...).

La libéralisation de l’école correspond
à deux logiques croisées :

- l’idéologie capitaliste impose la
concurrence généralisée comme
moteur de l’économie, l’éducation
doit se plier à cette logique, le
« non-marchand » est une monstruosité
à éliminer ; à la mise en
concurrence des produits succède
celle des services publics ;

- l’école doit améliorer l’employabilité
et ainsi diminuer les « charges » des
inutiles : chômeursSes, retraitéEs...
tout ce qui protège le travailleur est
considéré comme une entrave, et
l’école a pour mission de former le
plus rapidement possible des individus
employables (et surtout pas
des travailleurs-euses
revendicant des droits), un
capital humain reposant sur un
socle de compétences directement
utilisables par les entreprises (savoir,
culture, conscience politique
deviennent superflus) ; à la mise en
concurrence des services succède
celle des êtres humains.

Cette idéologie attribue le chômage et
la crise économique à des contraintes
structurelles sur le marché du travail
et à un Etat empêchant le plein développement
du capitalisme. Son aveuglement
va de pair avec une
remarquable capacité d’adaptation et
de pilotage des contre-réformes, qui
savent épouser les réalités locales et
conjoncturelles des pays, voire utiliser
des arguments qui lui sont opposés, pour avancer vers la réalisation de
son projet liberticide.

La dimension européenne s’inscrit
dans celle, mondiale, de l’OCDE.
Réduction des dépenses publiques et
privatisation vont de pair et ont
comme outil la neutralisation par les
chiffres des politiques
publiques.

Aux politiques
éducatives mues
par des impératifs
culturels (démocratie par la formation, émancipation par
l’accès au savoir, tolérance par le respect
de la laïcité...) et pédagogiques
se substitue une gestion par la statistique*,
la comparaison de données
chiffrées caractéristique du monde
de l’entreprise, qui consacre la victoire
de l’idéologie libérale derrière sa
neutralité affichée.

Réforme des rythmes : quel rapport ?

La mise en application partielle en
2013-2014 nous a permis de confronter
nos analyses à la réalité. Le décret
Hamon non seulement ignore les critiques
et les mobilisations mais approfondit
la brèche ouverte par
Peillon en renforçant la mainmise
des villes et l’éclatement du cadre national
tout en fragilisant le statut et –
paradoxalement – les rythmes scolaires.

Ces derniers ne sont plus gouvernés
par des préoccupations autres
que la gestion du périscolaire par les
municipalité.

La qualité du périscolaire mis en
place doit être rapprochée de la
baisse de dotation de 11 milliards des
collectivités locales.

Son caractère
payant est maintenant quasiment généralisé
en dépit des promesses initiales,
et on peut parier qu’il le sera
totalement dans les années à venir.

Gratuité du temps scolaire, travail
des femmes, égalité territoriale, la réforme
touche frontalement des fondements
de notre société.

Si cette réforme n’est pas une réforme
des rythmes, elle est bien une réforme
du cadre national de l’école.

La municipalisation
doit en cela être considérée
comme une première étape pour
la déréglementation.

La constitution
d’établissements fonctionnant dans
une logique privée avec :

- attribution des moyens en fonction
des résultats (développement des
« projets » pour l’obtention de
moyens, maîtresSes supplémentaires,
TPS, TNI...) ;

- réforme du statut avec d’une part la
fragilisation de celui-ci (développement
du recrutement local comme
dans le second degré, de la précarité)
et d’autre part la création d’une
hiérarchie intermédiaire constituée
des directions d’école.

Il y a donc bien une logique d’ensemble
vers laquelle convergent les réformes,
et qui dépasse d’ailleurs le
seul cadre de l’Education nationale.

Les conséquences en sont une dégradation
importante et continue des
conditions de travail, une école de
plus en plus inégalitaires
dont l’objectif
n’est plus de former des personnes mais des salariéEs soumis et des
consommateursRices compulsifs.

Face à cette offensive globale et cohérente,
nos luttes peuvent sembler
dérisoires. La force essentielle de
notre ennemi réside cependant avant
tout dans notre faiblesse. Et ce sont
ces luttes qui peuvent
former le socle de victoires
globales – à condition que
nous sachions dépasser nos
divisions de toutes sortes et
les articulions avec les autres secteurs en lutte..