Retraites : le bal des Tartuffes

dimanche 9 juin 2013
par  SUD Education 92

« Il va falloir faire des efforts ».
De plateaux de télévision en conférence de presse Hollande ne se lasse pas de nous prévenir : en matière de retraites, on doit s’attendre au pire. Derrière lui, la Sainte Alliance de la Droite et de la Gauche parlementaires, des médias et du MEDEF bêle à l’unisson : des efforts, des efforts.

Attention, nous avons affaire à des gens sérieux, ce sont des efforts justifiés, garantis inévitables. Même si, aujourd’hui, l’argument démographique semble plus ou moins remisé, il a beaucoup servi, surtout pour un pays réputé vice-champion de la fécondité européenne. Mais ce n’est pas pour autant que nos hérauts du sacrifice senioral manquent d’arguments. Bien au contraire. Il y a d’abord l’anticipation crépusculaire : les parents d’aujourd’hui seront demain le fardeau de leurs enfants. Indécent, le spectacle de ces hordes de vieillards se goinfrant sans vergogne en dansant le tango sous les yeux effarés de gosses faméliques. Sans doute, est-ce négligence s’ils oublient de rappeler que, depuis vingt ans, les niveaux de vie moyens des retraités et des actifs sont semblables, qu’ils progressent au même rythme et que, si l’on s’en tient aux dix prochaines années, la « charge insupportable » des retraites ne représentera 0,4% de PIB de plus, une paille si l’on compare aux 8,5% que représentent les seuls dividendes.

Il y a ensuite l’indignation vertueuse. Il n’est rien de plus touchant que d’entendre les plus farouches conservateurs dénoncer les injustices. L’inégalité entre les régimes de retraite n’étant pas la moindre. Celle qui préserve les privilèges des nantis du service public, ses aides-soignants, postières, instituteurs dont les pensions n’ont rien à envier aux parachutes dorés des patrons du CAC 40. Sans doute est-ce négligence s’ils oublient de rappeler que le montant médian des retraites des fonctionnaires n’est pas plus élevé que celui des salariés du privé et que leur taux de remplacement sont identiques. Il y a enfin la raison économique. Là, c’est du sérieux. La Loi et les Prophètes faisant se courber le peuple soumis. « Le monde a changé, nous sommes enrôlés dans une guerre économique mondiale, la Crise est une fatalité, l’endettement nous étrangle, nous ne pourrons plus vivre dans la quiétude d’antan ». Des « réformes structurelles de compétitivité » s’imposent. Il n’y a pas d’alternative. D’ailleurs, les plus hautes autorités européennes l’exigent : déréglementation, démantèlement du Droit du travail, et, bien entendu, réforme des retraites sont autant d’urgences absolues. Par négligence sans doute, ils oublient de rappeler que depuis quarante ans la pression sur les salaires, une politique fiscale bienveillante pour les hauts revenus, la déréglementation de la finance ont créé les conditions de la plus grave crise que le monde ait connue depuis quatre-vingts ans. Sans doute omettent-ils de dire que pour sauver le système de la faillite, les Etats ont imposé des politiques d’austérité dont l’effet principal a été d’entraîner une récession mondiale. Un oubli ? Peut-être pas. Car là se trouve l’enjeu principal. La réforme des retraites en préparation n’est qu’une pièce d’une construction politique plus vaste.

Dans le partage des richesses, la part consacrée à la redistribution et à la protection sociale serait « excessive ». Du moins, si l’on en croit le MEDEF et ses affidés gouvernementaux ou médiatiques.

La crise devient donc à la fois justification et opportunité pour remettre en cause la part socialisée des salaires.

Repousser l’âge de la retraite, allonger la durée de cotisation obligatoire, durcir les conditions de son obtention, désindexer les pensions ont un double effet. Social, le niveau de vie des retraités régresse, économique, la part des prestations dans le PIB diminue... au bénéfice des revenus du capital.

On mesure alors l’ampleur de l’enjeu : au nom de la « contrainte de compétitivité » et de l’absolue nécessité de « réduction du coût du travail », le patronat cherche à pousser son avantage.

Après l’austérité budgétaire, la loi sur l’ (in) sécurisation de l’emploi, la réforme des retraites constitue la troisième étape de l’offensive de la classe dirigeante pour faire payer aux travailleurs la facture de la sortie de crise.

Les tartufferies dont on nous régale visent à nous culpabiliser. Ne nous en laissons pas conter.

Se dresser contre cette politique est légitime.

En matière de retraites, la régression n’est ni une nécessité, ni une fatalité.

Elle est un choix politique.

D’autres solutions existent : embaucher (1% de personnes employées en plus représente 6 à 7 milliards de recettes supplémentaires), augmenter la part des salaires, ponctionner les revenus du capital... Changer la société !

A nous de les imposer.


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