Cela n’a pas empêché le même Duplomb de déposer dans la foulée début 2026 un projet de loi portant sur la « Surréglementation relative à l’utilisation de produits phytopharmaceutiques ». Rebaptisée « loi d’urgence agricole », pour essayer de justifier des mesures pourtant dénoncées massivement, la loi a finalement été votée au cœur de l’été par le Sénat et l’Assemblée Nationale. Elle a ensuite été validée le 14 août par le conseil constitutionnel, qui évoque sans rougir « l’intérêt général » pour légitimer les volets concernant la réintroduction des pesticides, avant d’être publiée au journal officiel le 19 août.
Suite au vote, la Ligue de Protection des Oiseaux qualifie la loi de « texte désastreux pour notre avenir, une fuite en avant vers l’intensification de notre agriculture, au mépris des alertes scientifiques, de l’urgence écologique et climatique et des demandes citoyennes répétées ».
Loin d’être gagnée, la bataille autour de l’utilisation des pesticides en France fait rage, et face aux oppositions, aux déclarations de médecins et à l’investissement de l’institut national du cancer ou de la société française de pédiatrie, le lobbying de la FNSEA et des industriels pèse encore bien lourd.
Les pesticides sont une menace pour de nombreu.ses travailleurs et travailleuses, que ce soit dans les entreprises qui les produisent, qui les transportent, dans le monde agricole, chez les fleuristes… Ils font aussi des ravages sur les habitant∙es qui vivent à proximité ou qui les consomment dans l’alimentation, ou dans l’eau. Ils sont l’une des causes de l’épidémie de cancers, y compris pédiatriques, en cours. Enfin, il faut rappeler que l’usage de pesticides fait partie des activités humaines responsables de la sixième extinction de masse.
Nos collègues d’Outre-mer sont ainsi exposés actuellement au chlordécone (pesticide non biodégradable utilisé en Guadeloupe et en Martinique pour la culture de la banane) : il est pourtant interdit en 1990 dans l’Hexagone et 3 ans plus tard dans les Antilles, mais selon l’étude Kannari de 2018, plus de 80 % de la population de ces départements est contaminée par ce pesticide, avec des taux dépassant parfois vingt fois la moyenne. Cette substance pathogène pour la santé humaine est présente dans les sols et la mer pour des siècles encore. Aucune réparation de la part du gouvernement français n’est pourtant envisagée.
Depuis la région parisienne, on pourrait penser que ce sujet appartient à la scène nationale, et qu’il impacte davantage nos assiettes que nos salles de classe, mais les pesticides se retrouvent partout y compris dans les Hauts-de-Seine.
Le site Mitoyenscartographie l’exposition aux pesticides par département et par commune. Il classe ainsi les Hauts-de-Seine : « 36ᵉ département le plus exposé aux pesticides de France métropolitaine ». On y trouve également d’autres statistiques édifiantes : « À Rueil-Malmaison, l’exposition aux pesticides est supérieure à 77 % du territoire métropolitain, à Nanterre, l’exposition aux pesticides dépasse celle de 74 % du territoire métropolitain ».
Les relevés effectués dans l’eau du robinet des communes du 92 vont malheureusement dans le même sens : 13 pesticides sont détectés dans l’eau potable à Gennevilliers, il en est de même à Villeneuve-la-Garenne, 12 pesticides dans les eaux à Nanterre, 9 à Bagneux comme à Clamart...
Nous sommes exposés à des contaminations qui ont pollué les eaux souterraines et qui persistent des années plus tard, en poussant à abandonner parfois des captages d’eaux potables.
Nous sommes exposés à la contamination des sols, de l’air lorsque des zones agricoles sont proches (comme dans le nord de notre département) ou plus prosaïquement dans nos villes, où les pesticides sont utilisés dans les jardins pour l’entretien des allées et sur les trottoirs.
En 2019 et 2020, les maires de Sceaux, Malakoff et Gennevilliers se regroupent, s’inspirent de l’arrêté du maire de Langouët en Ille-et-Vilaine qui a interdit les pesticides sur son territoire, et l’appliquent sous forme d’expérimentation dans le 92. “Nous n’étions pas concernés par l’épandage de pesticides dans les champs, comme à Langouët, mais il y en avait sur les talus RATP et SNCF” précise la maire de Malakoff au Nouvel économiste. L’adjointe au maire de Sceaux souligne également que l’utilisation des pesticides dans les copropriétés existe et est autorisé, tout en étant interdit dans les jardins particuliers, alors même que les contaminations sont relevées jusqu’à un kilomètre autour des zones d’utilisation et se retrouvent dans les sols et dans les eaux.
On notera d’ailleurs pour rappel que, si les contaminations peuvent s’étendre sur un kilomètre, la zone minimale incompressible lorsqu’il y a une « substance préoccupante » répandue autour d’un établissement scolaire en France est de... 20 mètres.
Le conseil d’état mettra fin à ces expérimentations dans le 92. Les maires contribuent alors à la loi Labbé 2 qui concerne les zones collectives, et s’attaquent à l’heure actuelle à l’utilisation du glyphosate, cancérigène, dont l’utilisation vient d’être prolongée jusqu’en 2033.
Pour les zones rurales, comme pour les urbaines, nous exigeons donc une autre agriculture, à rebours du modèle productiviste et concurrentiel imposé aujourd’hui, qui rend très difficile le non-recours aux pesticides.
C’est ce modèle qui entretient la précarité dans le monde agricole et qui crée des conditions de travail indignes dans la production, la transformation, la distribution alimentaires. C’est aussi ce modèle qui appauvrit les sols, détruit la biodiversité et empoisonne les cours d’eau.
Dans cet esprit, nous invitons à continuer le combat contre la « Loi Duplomb 2 » et à se mobiliser contre toutes celles qui suivront, nous demandons l’abrogation de la réintroduction de l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, qu’il y ait ou non des demandes de dérogation à faire. Sous couvert d’urgence agricole, cette loi est un retour en arrière dangereux qui ignore les alertes scientifiques et la volonté citoyenne.









