Analyse
Ces dernières années, l’Éducation nationale a recruté de plus en plus d’enseignant·es contractuel·les pour pallier les difficultés de recrutement dans certaines disciplines, le manque d’attractivité de certaines académies, ainsi que pour remplacer au pied levé des enseignant·es titulaires lorsque le vivier de titulaires sur zone de remplacement (TZR) n’est pas suffisant. Rappelons aussi que certain·es collègues titulaires, confrontés à des problèmes de mobilité, démissionnent pour être recrutés sous contrat dans leur académie de cœur.
Un rapport de la Cour des comptes d’octobre 2024 indiquait qu’un enseignant sur dix était recruté par la voie contractuelle et que leur nombre avait augmenté d’environ 26 % entre 2015 et 2021. Ce même rapport souligne que le ministère de l’Éducation nationale ne dispose pas d’un plan national de gestion des ressources humaines pour ces personnels et que certaines académies agissent selon leurs propres règles. Certaines académies, par exemple, priorisent les vœux des contractuel·les sur ceux des titulaires afin de les fidéliser.
On constate effectivement que la gestion des personnels contractuels a été plus que catastrophique au sein de l’académie de Versailles, où le nombre d’enseignant·es contractuel·les est particulièrement important, autour de 20 %. 😡
Nous avons assez vite compris que les personnes touchées par un non-renouvellement de contrat étaient plus nombreuses que d’habitude et nous renvoyait à 2021 où 600 contractuel·les n’avaient pas été renouvelé·es. Nous avons reçu la confirmation de l’administration : ce sont l’ensemble des enseignant·es contractuel·les en CDD qui ne sont pas renouvelés en mathématiques (70 personnes) et en histoire-géographie (41 personnes), ainsi que des personnels en physique-chimie et en anglais, soit un total de 165 contrats non renouvelés. Ce chiffre est énorme ‼️
La question qui vient immédiatement à l’esprit est : « Mais pourquoi ? » Comment est-il possible de ne pas renouveler autant de personnes ? Les réponses apportées par l’administration lors de l’audience qui a eu lieu le mardi 16 à 17 heures, à la suite du rassemblement, nous ont laissés dans le flou. Le rectorat ne cesse d’évoquer la baisse des effectifs d’élèves, qui entraîne une diminution des besoins en enseignants. D’autres voix avancent également l’augmentation du nombre de postes offerts aux concours du CAPES avec l’ouverture aux titulaires d’une licence (L3).
Mais ces réponses ne nous suffisent pas. En effet, la baisse des effectifs, qui commence à se manifester dans le premier degré et dans les collèges, concerne toutes les disciplines. Il en va de même pour l’augmentation du nombre de postes aux concours. Alors pourquoi l’histoire-géographie et les mathématiques sont-elles particulièrement touchées ?
Rappelons également que, dans le cadre de la nouvelle réforme des concours de recrutement, les étudiants de L3 ne se retrouveront pas dès l’année prochaine devant les élèves, mais commenceront d’abord une formation de deux ans.
L’abandon, dans la quasi-totalité des collèges, des groupes de niveau constitue l’un des facteurs expliquant la baisse des besoins en enseignants de mathématiques, mais cette explication ne suffit pas. Pourquoi autant d’enseignant·es sont-iels concerné·es ?
Et en histoire-géographie ? Quels facteurs permettent d’expliquer cette situation ? Nous n’en savons rien.
Une hypothèse mérite toutefois d’être avancée. Nous avons constaté que, parmi les contractuel·les non renouvelé·es en histoire-géographie, beaucoup comptent cinq années d’ancienneté et approchaient de la CDIsation.
Revenons cinq ans en arrière. En 2020, la réforme Blanquer est mise en place. Cette réforme met fin aux filières L, ES et S pour les remplacer par des « spécialités ». Parmi elles figure la spécialité HGGSP (histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques), qui a d’abord connu un certain succès avant de perdre en attractivité ces deux dernières années.
Le rectorat, ne sachant pas précisément combien d’élèves choisiraient cette spécialité, aurait-il eu recours à des enseignant·es contractuel·les plutôt que d’ouvrir davantage de postes aux concours, afin de pouvoir s’en défaire plus facilement lorsque les besoins diminueraient ?
Pourquoi le rectorat n’a-t-il pas averti en amont de la baisse progressive des postes afin que les collègues concerné·es puissent se préparer à ce tournant ? Pourquoi choisit-il d’agir de manière aussi brutale plutôt que d’adopter une méthode plus progressive ?
Le rectorat mesure-t-il la difficulté dans laquelle se retrouvent aujourd’hui ces personnels ? Prend-il conscience du mépris qu’il affiche à leur égard ?
Lors des entretiens de non-renouvellement, des collègues se sont vu proposer une réorientation vers l’enseignement professionnel, tout en étant informés qu’il n’y aurait pas suffisamment de places pour tout le monde. Le rectorat s’est également engagé à rappeler les contractuel·les non renouvelé·es si des besoins apparaissaient à la rentrée (postes vacants ou remplacements).
Mais comment ces 165 collègues seront-ils sélectionnés ? Réponse : selon leur ancienneté et leur lieu de résidence. Cette situation chaotique rend leur avenir professionnel et leur situation économique particulièrement incertains.
Le rectorat a également laissé entendre que l’accès au CDI deviendrait plus difficile. En effet, il a été indiqué que les personnes rappelées à la rentrée ne se verraient proposer que des contrats courts, et non des contrats couvrant l’ensemble de l’année scolaire. Pourtant, seuls les contrats annuels permettent de garantir des conditions financières et matérielles acceptables.
Le rectorat souhaite-t-il précariser davantage les collègues et les transformer en intérimaires de l’Éducation nationale ? Tout porte à le croire 😡
N’oublions pas non plus que, pour conserver leur ancienneté et atteindre notamment les six années nécessaires à l’obtention d’un CDI, ou les trois années requises pour pouvoir s’inscrire aux concours internes, les interruptions entre deux contrats ne doivent pas dépasser quatre mois. Les collègues non renouvelé·es terminent leur contrat le 31 août et doivent donc être rappelé·es avant la fin du mois de décembre... 😡
📢 SUD éducation rappelle son soutien envers tous nos collègues contractuel·les
📢 SUD éducation revendique une titularisation immédiate et à temps plein de l’ensemble des enseignant·es non titulaires, sans condition de concours ni de nationalité : les collègues en question sont déjà souvent en poste depuis longtemps, il n’y a aucune raison pour qu’ils et elles ne bénéficient pas du statut de fonctionnaire.
On fait le même métier, on doit avoir les mêmes droits et le même statut !
Compte-rendu d’audience
Les représentant·es de l’administration étaient Mme Lawson (DRH) et Mme Boussaud (directrice de cabinet du recteur)
En CSA le 16/6 au matin, la question des non-renouvellements (NR) a été abordée. Un GT prévu le 17 sur cette question a été reporté afin de pouvoir répondre à toutes les questions des organisations syndicales (OS).
- Il y aura surement 165 contractuels non-renouvelés, voici la liste par discipline :
math (70) - HG ( 42) - SES ( 6 ) - PC (1) - NCI (1) - philo ( 1) - ...
L’adm. explique ces NR et ce manque d’anticipation par des « travaux de gestion prévisionnels ». En fonction des besoins par discipline les contractuels sont ou non renouvelés.
L’administration conseille aux contractuels d’attendre septembre pour voir les besoins : ( stagiaires et profs ne reprenant pas leur poste, départ retraite ...) c’est la « gestion prévisionnelle ». À ce moment là, si des embauches sont nécessaires, priorité sera faites aux plus anciens et en fonction des besoins sur le territoire.
A ce moment, les contractuels n’auront pas de possibilité de négocier, si le poste proposé ne convient pas, la proposition sera faîte au suivant
En fonction des besoins, des contrats de suppléance ou de remplacement seront proposés
- si remplacement : contrat jusqu’à 31-8-27
- si suppléance ( congé mater, maladie...) : durée du congé









