La situation
Depuis la fin du mois de mai, une grève d’ampleur a été lancée et s’étend désormais dans plus d’une quinzaine de régions du pays, et prend de l’ampleur de jours en jours, à l’appel de la Coordination Nationale des Travailleurs de l’Education (CNTE), une scission radicale de la SNTE, le syndicat majoritaire des professeur-es mexicain-es. Les enseignant.es mexicain.es sont en grève pour réclamer de meilleures conditions de travail, la fin de la privatisation de leurs pensions de retraites, lutter contre la réforme de l’éducation et demander une sécurité sociale. Ils ont été rejoints par de nombreuses organisations politiques et syndicats. La répression de la part du gouvernement de Claudia Sheinbaum Pardo, pourtant socialiste, est particulièrement violente : tirs de flashball ou à balles réelles comme à Oaxaca, arrestations massives, enlèvement de deux enseignants dans le Chiapas.
Rappel historique
La radicalité des enseignant-es mexicain-es s’inscrit dans un temps long de lutte. Depuis plus de 500 ans, les indigènes ont résisté à la colonisation, comme le rappelle le slogan « No nos conquistaron. Seguimos en resistencia y rebeldía » (traduction : « iels ne nous ont pas conquis. Nous poursuivons la résistance et la rébellion »). Cette lutte a connu plusieurs moments victorieux, notamment la révolution mexicaine du début du XXe siècle et le soulèvement zapatiste de 1994 où les peuples indigènes ont récupéré leurs terres ancestrales.
Plus spécifiquement dans le secteur de l’éducation, la lutte des enseignant-es mexicain-es a connu un moment clé en 2006 à Oaxaca. Parti à l’origine d’une grève des professeur-e, le mouvement s’élargit au reste de la ville du fait de la répression policière. Pendant plusieurs mois (mai 2006 au début de l’année 2007), Oaxaca est occupée par des insurgé-e et deviendra la première commune du XXIe siècle.
Une lutte exemplaire
Nous devons nous inspirer de nos camarades mexicain-es pour faire triompher nos luttes, en durcissant le rapport de force :
- C’est par la grève reconductible que les gouvernements plient. Si les grèves ponctuelles permettent de mesurer le rapport de force, celles-ci ne doivent pas être une fin en soi ! Il faut construire la grève reconductible !
- Construire notre agenda de lutte, selon des moments stratégiques. La mobilisation s’est faite à l’approche du match d’ouverture de la coupe de monde qui se jouera au Mexique le 11 juin. Les blocages de rues, manifestations et sit-in de la capitale menacent fortement la tenue de cet événement et impactent donc des investissements touristiques ce qui pousse le gouvernement mexicain à faire des concessions ;
- Visibiliser le mouvement avec des actions symboliques. Nos « compas » mexicain-es ont par exemple de manière non-exhaustive déboulonné des statues de footballeurs (en illustration de cet article), occupé le ministère de l’enseignement mexicain en y rentrant malgré les barrières anti-émeutes qu’ils ont forcées, bloqué l’aéroport de Oaxaca et partiellement celui de Mexico, mis en place des péages gratuits, envahi un centre des finances publiques ainsi que des postes-frontières avec les États-Unis.
- Le mouvement s’est élargi rapidement aux jeunes et aux familles grâce à l’écho médiatique et aux actions fortes
- Alors qu’en France la formation des professeur-es est très infantilisante et ponctuée du stress des inspections, entretenant la docilité et la peur de la hiérarchie. Dans plusieurs États du Mexique, notamment à Oaxaca et surtout du Chiapas, les écoles normales (équivalent de nos INSPE) sont autogérées.
Nos pensées et notre soutien vont à toustes nos collègues qui luttent de l’autre côté de l’Atlantique pour exiger un avenir meilleur.
¡ Zapata vive, la lucha sigue !









