Qu’est-ce le projet Green dock ?
Green dock est un « projet d’entrepôt géant auquel rêve le promoteur Goodman, l’un des leaders mondiaux de l’immobilier logistique, et HAROPA, grand projet de port fluvio-maritime entre Le Havre et Paris. Une fois mis sur pied dans le port de Gennevilliers, le monstre « Green dock » aurait besoin, pour fonctionner, de 2 500 camions/jour, dans une région où la pollution de l’air est déjà responsable d’un décès sur dix. En face du futur entrepôt : une zone Natura 2000, où nichent plusieurs espèces d’oiseaux protégées, qui pâtiraient jour et nuit de la pollution lumineuse et sonore. Un entrepôt de plus, dans une banlieue déjà saturée d’infrastructures logistiques, de CO2, subissant tous les dégâts écologiques et sociaux de projets absurdes destinés à servir la métropole. » Peut-on lire sur le site des Soulèvements de la Terre.
Pourquoi faire une étude de cas sur Green dock ?
La mobilisation contre le projet de Green dock est symptomatique de la voracité du capitalisme dans son projet écocidaire : aucun espace n’est réellement protégé, peu importe s’il est classé zone natura 2000. Nous avons un rôle a jouer en tant que professeur-es dans la sensibilité politique et écologiste de nos élèves. Comme sur l’espace médiatique, nous devons mettre en avant nos propres débats car, en face, l’administration nous impose les siens : promotion du libéralisme, du nationalisme, etc.
Notre liberté pédagogique doit servir la bataille culturelle en cours contre le liberalisme et l’extrême-droite, l’argument de neutralité ne peut pas aller que dans un sens. En réalité, nous avons beaucoup plus de droit que nous le pensons, le devoir de réserve n’existe pas dans ce cadre là.
Avec une étude de cas sur Green dock, nous sortons d’une approche du conflit d’usage de type Nimby, c’est-à-dire individualiste, dépolitisé, qui ne remet pas en cause l’intérêt même du projet d’aménagement mais ses effets néfastes.
Il faut repolitiser la question de l’écologie auprès de nos élèves, ceux-celles qui seront parmi les plus touché-es par les effets du changement climatique, pour qui l’écologie se limite trop souvent à un cadre individuel, qui ne remet pas en cause le système capitaliste, avec la pratique du tri, par exemple.
Il faut mettre en avant, au contraire, la force du collectif.
Liens avec le programme de géographie
Le projet Green dock entre totalement dans des logiques à plus grande échelle, en lien avec la mondialisation. Avec internet, il y a eu une accélération des échanges, ainsi toutes les grandes plateformes en ligne se sont mises à l’envoi de colis, dont Amazon est l’égérie, si bien qu’une grande partie des échanges seraient « dématérialisés ».
Cependant, on l’oublie souvent mais internet aussi a ses espaces, notamment les entrepôts logistiques. Ceux-ci ne s’implantent pas au hasard, ils sélectionnent leurs emplacements selon des logiques de coût du loyer, de proximité avec les centres de consommation et des voies de communication. On peut rappeler ici, en bon géographe, la situation du projet Green dock : à proximité de Paris, près d’une autoroute et d’un axe de transport fluvial, en prenant appui sur des cartes.
Le choix de l’emplacement du projet répond donc à une tendance plus générale d’exurbanisation des espaces productifs hors des grands centres urbains. Cependant, il faut aller plus loin que la compréhension de l’économie libérale, même s’il faut connaître son ennemi pour mieux le combattre.
Nous devons faire une géographie incarnée qui replace l’homme au cœur des préoccupations. Pour cela, nous mettons en avant l’appropriation du territoire par les acteurs : les habitants qui jouissent jusqu’alors d’espaces naturels près de leurs lieux de vies, les écologistes qui défendent l’environnement, les entreprises qui cherchent à faire du profit et l’Etat qui se trouve alors entre deux logiques contradictoire : sa mission de sauvegarde de l’environnement et son aide aux entreprises.
Il faudrait sortir de l’opposition entre la protection de l’environnement et la création d’emplois ou de richesses, car quelles sont les emplois que nous voulons ? Les emplois dans la logistiques sont, en effet, particulièrement précaires, avec des horaires en décalés et un respect du droit du travail superficiel.
Avec cette étude de cas, on peut donc comprendre les dynamiques actuelles de l’urbanisation, en lien avec le chapitre 1 de 4e ; comprendre les enjeux de l’aménagements du territoire dans le cadre du chapitre 2 de 3e ; ou encore montrer les difficultés de la préservation de l’environnement dans le cadre du chapitre 1 de Seconde.
Trame pédagogique en géographie
Dans le cadre d’une étude de cas de 1h30-2h, nous vous proposons une idée de scénario pédagogique à proposer aux élèves, pour un niveau seconde, à adapter pour le collège.
Il faudrait commencer par présenter un peu le projet en vous appuyant sur la présentation du projet plus haut et de le relier au programme, en faisant le lien avec les notions vues précédemment.
S’ensuit une présentation sommaire de l’activité où l’on doit créer du sens : la nécessité de comprendre pourquoi l’engagement écologique est difficile à mener et, surtout, pourquoi il est vital.
Les élèves sont ensuite réparti-es en îlots de 4 où ils doivent répondre à une série de question sur un corpus documentaire pendant environ 15-20 minutes.
Iels complètent la carte mentale que vous retrouverez en bas de cet article en pièce-jointe.
Il y a quatre corpus documentaires différents : les habitant-es, les écologistes, la municipalité, les entrepreneurs de green dock. Les élèves sont ensuite mélangé-es, on reforme des groupes avec, dans chaque groupe : un-e habitant-e, un-e représentant-e de la municipalité, un-e militant-e écologiste et un-e entrepreneur-e de green dock.
De cette manière, les élèves sont toustes en position de sachant, ce qui favorise la participation de toustes les élèves, en les mettant dans une position de spécialiste de leur sujet. Iels doivent ensuite débattre en îlot pendant 20 minutes sur l’utilité ou, au contraire, l’inutilité du projet pour la ville de Gennevilliers. Iels ont chacun une carte objectif secrète qu’iels ne doivent pas montrer aux autres élèves, avant la fin de l’activité.
Habitants
Objectifs secrets :
- Avoir des garanties précises concernant la santé publique.
- Conserver un cadre de vie agréable avec des espaces verts.
- Avoir des emplois.
Écologistes
Objectifs secrets :
- Conserver la biodiversité sur les berges.
- Supprimer le projet polluant.
- Alerter la population sur les risques de santé et d’environnement.
- Dénoncer le greenwashing de l’entreprise Green-dock.
Municipalité
Objectifs secrets :
- Créer de l’emploi.
- Conserver un cadre de vie agréable pour ses populations.
- Accéder aux requêtes des habitants dans le but de se faire réélire.
Entrepreneur-ses green dock
Objectifs secrets :
- Mener a bien la construction du projet Green dock.
- Ne pas dépasser le budget prévu pour la construction du projet. À savoir 150 millions d’euros.
Corpus documentaire
Pour les écologistes
La vidéo du site des Soulèvements de la Terre.
Pour les entrepreneur-ses de green dock
Green Dock a été pensé pour minimiser les émissions de CO2, tant lors de sa construction que de son exploitation, ce qui en fait l’un des tout premiers immeubles logistiques bas-carbone de cette envergure.
La structure du projet sera préfabriquée hors site et acheminée par voie fluviale. Elle sera réalisée en béton bas-carbone et bois. Pour les besoins de chauffage et de refroidissement du bâtiment, l’utilisation de pompes à chaleur et d’un réseau de géothermie permettra de sensiblement réduire les émissions de CO2 par rapport à une solution traditionnelle au gaz. Enfin, grâce à une centrale photovoltaïque d’une puissance de 2,7 MWc, Green Dock sera autonome énergétiquement. L’électricité décarbonée produite couvrira l’intégralité des besoins électriques du bâtiment.
Extrait de la présentation du projet, visible ici, consulté en 2025.
Pour la municipalité
Mesdames, Messieurs,
J’ai bien reçu votre courrier datant du 17 juillet portant sur votre désaccord avec le projet d’entrepôt Green Dock dans le Port de Gennevilliers.
Pour être claire suite à votre interpellation sur les arrestations lors de la manifestation que vous aviez organisée, je suis pour la liberté de manifestation et contre toutes violences à l’égard des manifestants quel que soit le lieu de la manifestation. Mes positions sont connues et ne souffrent d’aucune ambiguïté.
J’ai aussi lu le livre « Premières secousses » qui développe, entre autres, la position des Soulèvement de la Terre sur la logistique et les Ports. Il s’agit de « concentrer nos forces offensives sur certains axes précis, pariant que l’ordre industriel sera plus déséquilibré en faisant plier une filière qu’en multipliant des points de tension dispersés« .
Je suis pour ma part pour une critique de la gestion capitaliste de la logistique et je pense que même avec une société et un modèle de production décroissant, nous aurons toujours l’utilité de la logistique. Nous avons besoins dès aujourd’hui, par exemple, d’espaces importants de stockage et de distribution pour le réemploi, pour l’économie circulaire.
Le combat contre la minéralisation des terres agricoles nécessite de travailler à la densification des terres déjà minéralisée, de rapprocher ces lieux de stockage et distribution de la Métropole, de rapprocher la logistique des capacités d’utilisation de la voie fluviale et ferroviaire, beaucoup moins polluante. Le Port de Gennevilliers est ce lieu et a une capacité de développer des flux moins polluants. C’est pour cela que la ville de Gennevilliers a toujours défendu le Port de Gennevilliers comme territoire exclusivement économique et l’utilisation du transport fluvial et ferroviaire plutôt que par camion. Pour paraphraser « Premières secousses », le Port de Gennevilliers est une infrastructure moderne » que les capacités populaires permettront de détourner des techniques toxiques en moyens d’autonomie ». Garder et développer le Port, c’est conserver ces possibilités. Dans ce cadre, je serai intéressé par les résultats des travaux de vos ateliers de travail
Pour en revenir plus spécifiquement au projet Greendook du groupe Goodman qui a répondu à l’appel à projet d’Haropa Port. Je rappelle notre engagement que s’il est démontré que ce projet met en danger la zone Natura 2000, il ne pourra pas se faire.
Cela dit, voici quelques éléments de réflexions qui expliquent pourquoi la ville de Gennevilliers ne s’oppose pas, par principe, à ce projet, qui à notre avis permet de lier social, économie et écologie :
La proximité emploi/habitat. La ville de Gennevilliers avec ses 50 000 habitants et 41 000 emplois, cherche ainsi à améliorer concrètement les conditions de vie des habitants et des salariés en rapprochant géographiquement les lieux de logistique et de distribution finale pour limiter les distances parcourues, mais aussi les lieux d’habitat et de travail.
La logistique doit s’installer au bord du fleuve pour être moins carbonée et être économe en surface au sol. Le projet Green Dock permet de densifier une surface aujourd’hui minéralisée à 100% déjà dédiée à l’activité économique, tout en la déminéralisant pour au moins 15% de la surface. Il réalise une surface économique utile trois fois supérieure à son emprise au sol. Dans le même temps à Gennevilliers, un entrepôt de 60 000 m2 sur 100 000 M2 minéralisé, loin du fleuve, va être détruit pour construire 80 000 m2 d’activité productive et créer 23000 m2 d’espaces verts nouveaux dans la zone d’activités économique. Un entrepôt 100% routiers disparait sur notre territoire, le nombre de m2 au sol exclusivement pour la logistique diminue ainsi sur la ville. Je rappelle que le Plan local d’urbanisme de la ville de Gennevilliers fait le choix de privilégier la logistique sur le Port, pour l’interdire dans la zone d’activités (400 hectares) au profit des activités productives.
Préparer l’avenir. Notre expérience dans le Port de Gennevilliers, est que des entrepôts qui commencent avec une faible utilisation du fleuve, l’augmentent régulièrement au fur et à mesure des contraintes de couts et de temps de transport. Le projet Green Dock peut jouer un rôle positif dans la décarbonation des chaines logistiques, par ses caractéristiques et son positionnement géographique : les infrastructures existantes sur le Port de Gennevilliers, qu’elles soient ferroviaires ou fluviales, permettant l’approvisionnement via des modes de transport beaucoup moins carbonés que le transport routier, son ponton, permettant l’utilisation du fluvial pour la livraison d’une part, l’engagement que l’ensemble des véhicules de livraison routiers seront 0-émission d’autre part. L’idée n’étant pas de faire plus mais mieux (moins de CO2 à la tonne transportée). Nous agissons aussi auprès de Réseau Ferré de France pour améliorer la desserte ferroviaire du Port.
Densifier pour verdire. Notre politique d’aménagement publique a permis d’augmenter significativement depuis les années 2000 le nombre d’espaces verts, d’arbres, de zones déminéralisées sur les 1200 hectares que compte notre ville. Notre projet est d’améliorer cela encore, dans la ville et dans les zones d’activités économiques qui comportent des ilots de chaleur à combattre. Nous pensons aujourd’hui, que pour lutter contre la minéralisation de terres agricoles, respecter la Zero Artificialifisation Net et améliorer le coefficient de pleine terre en zone dense, il faut densifier les zones d’activité économique existantes.
Soyez assuré, Mesdames, Messieurs, de l’expression de mes sentiments les plus respectueux.Patrice Leclerc, réponse publique de la demande d’abandon du projet à destination des écologistes, 2024
Pour les habitants
On peut prendre des extraits de la consultation citoyenne.









