📊 Du CP jusqu’au lycĂ©e : en finir avec les Ă©valuations nationales. Que faire ?

lundi 16 dĂ©cembre 2024
par  SUD Education 92

En cĂ©dant leur place Gabriel Attal et Nicole Belloubet nous ont laissĂ© en hĂ©ritage « le choc des savoirs ». Celui-ci instaure la gĂ©nĂ©ralisation des Ă©valuations nationales obligatoires pour tous les Ă©lèves du CP au CM2 Ă  l’école primaire, tandis qu’au collège la classe de 4ème vient s’ajouter Ă  celle de sixième, et qu’au lycĂ©e les classes de seconde doivent maintenant se plier Ă  cet exercice.
Ce dispositif est appelé à se généraliser à tous les niveaux, à moins que les enseignant.es décident de boycotter ce vaste plan de communication du ministère aux retombées pédagogiques très limitées....

SUD éducation 92 vous propose un tour d’horizon sur la question.


 Un faux prĂ©texte

Comme leur nom l’indique les Ă©valuations nationales sont par principe, standardisĂ©es. Leur but premier n’est pas d’observer les progrès de chaque Ă©lève d’une annĂ©e sur l’autre, et d’apporter ensuite un accompagnement personnalisĂ© sur les compĂ©tences Ă  renforcer, mais de fournir des « indicateurs permettant de mesurer, au niveau national, les performances du système Ă©ducatif »
MĂŞme si la « foire aux questions » du ministère tente de justifier le processus en expliquant que « l’Ă©valuation identifie les compĂ©tences dĂ©jĂ  maĂ®trisĂ©es, et celles qu’il est nĂ©cessaire de dĂ©velopper et renforcer » les collègues les ayant dĂ©jĂ  fait passer peuvent le confirmer : quelle que soit la classe concernĂ©e, les Ă©preuves ne correspondent pas aux pratiques que nous voulons retrouver en classe. Il n’est plus question ici de diffĂ©renciation, d’adaptation aux besoins ou au parcours de nos Ă©lèves.

 Des exercices trop longs et erronĂ©s

Exercices trop longs et parfois mĂŞme erronĂ©s (Oui, en CM1, laitue fait bien partie de la famille de lait !), consignes qui s’inversent, niveau de difficultĂ© parfois Ă©levĂ© inutilement (pourquoi insĂ©rer des « pièges » dans les exercices alors qu’il nous est expressĂ©ment demandĂ© de ne pas le faire le reste de l’annĂ©e ?) le tout s’enchaĂ®nant au rythme d’un chronomĂ©trage absurde, qui verra tantĂ´t les Ă©lèves de la classe contempler leur exercice terminĂ© pendant dix longues minutes, et tantĂ´t leur laissera tout juste le temps de rĂ©pondre Ă  la moitiĂ© des questions dans le meilleur des cas...

 Des Ă©valuations-sanctions

Ces « Ă©valuation-sanctions » ont lieu en dĂ©but d’annĂ©e scolaire, juste après les grandes vacances dans les premières semaines de septembre, il est donc Ă©vident qu’elles ne peuvent pas ĂŞtre significatives des acquis scolaires des classes dont elles portent pourtant le nom, le programme ayant Ă©tĂ© Ă  peine entamĂ© et les enfants commençant tout juste Ă  reprendre leurs habitudes de travail.
L’EN le reconnaĂ®t d’ailleurs : « En dĂ©but [d’annĂ©e] le protocole d’évaluation n’a pas vocation Ă  dresser un panorama exhaustif des attendus des programmes », mais se garde bien de le rappeler aux parents angoissĂ©s ou aux mĂ©dias qui s’empressent de publier des gros titres sur le niveau supposĂ© d’une classe d’âge.
Elles ne sont pas conçues par les enseignant⸱es mais par « la DEPP (direction de l’Ă©valuation, de la prospective et de la performance) Ă  partir d’orientations dĂ©finies avec le Conseil scientifique de l’Éducation Nationale (CSEN), et la direction gĂ©nĂ©rale de l’enseignement scolaire (DGESCO) » ce qui explique leur dĂ©connexion.

 Des Ă©valuations chronophages

Elles sont chronophages : il est nĂ©cessaire de banaliser plusieurs journĂ©es pour pouvoir faire passer l’ensemble des exercices. Nous manquons pourtant de temps pour pouvoir soutenir tous les Ă©lèves dans des classes de plus en plus chargĂ©es, et celui-ci aurait pu ĂŞtre consacrĂ© Ă  des apprentissages rĂ©els, plutĂ´t que de savoir combien de mots d’un texte peuvent ĂŞtre lus en une minute, sans que les Ă©lèves ne comprennent ni le sens de ceux-ci, ni le sens global du texte.
Quant au temps passĂ© Ă  rentrer le rĂ©sultat de ces Ă©valuations, il n’est pas non plus nĂ©gligeable. Cette annĂ©e 2024, le manuel de l’Ă©lève en CM2 est composĂ© de 54 pages Ă  rentrer informatiquement...soit 1512 pages pour un⸱e enseignant⸱e d’une classe de 28 Ă©lèves. Une tâche particulièrement dĂ©valorisante, qui fait que certain⸱es collègues ont utilisĂ© cette annĂ©e l’expression « scanner humain » pour dĂ©crire leur ressenti.




 Des Ă©valuations qui font de nous des exĂ©cutant·es

Car il s’agit en fait de cela : quel est dĂ©sormais notre statut puisque nous ne participons pas Ă  la conception des livrets et que nous nous trouvons cantonné⸱es Ă  la lecture des Ă©noncĂ©s sans en changer le moindre mot ? Nous devenons de simples exĂ©cutant⸱es, assistant Ă  la casse de notre libertĂ© pĂ©dagogique, Ă  l’uniformisation et au contrĂ´le de nos pratiques par la hiĂ©rarchie au plus haut niveau. Cette première attaque en annonce une autre, globale celle-ci, contre le statut de fonctionnaire des enseignant⸱es puisqu’avec la vision de l’Ă©ducation portĂ©e par ces Ă©valuations nationales (documents tout faits distribuĂ©s Ă  toutes les Ă©coles, correction assurĂ©e par un logiciel) il sera alors possible d’engager n’importe qui pour remplir une mission qui n’est plus celle d’enseignement.

Il est Ă©galement clair que c’est dans cette dĂ©marche d’uniformisation, et de tâches prĂ©parĂ©es Ă  l’avance, que nous nous apprĂŞtons Ă  dĂ©couvrir les manuels uniques et des Ă©nièmes nouveaux programmes, et que les Ă©valuations nationales contribuent les esprits Ă  s’y prĂ©parer.

 Le retour d’expĂ©rience de l’Angleterre

Rappelons aussi que le principe d’Ă©valuation Ă  tous les niveaux est dĂ©jĂ  appliquĂ© en Angleterre depuis quelques annĂ©es, et que nos collègues d’outre-Manche dĂ©nonçaient justement des annĂ©es scolaires rĂ©duites Ă  du simple bachotage pour aller d’Ă©valuation en Ă©valuation en fonction des dĂ©sideratas du pouvoir « la majeure partie du temps d’enseignement est employĂ©e Ă  prĂ©parer les Ă©lèves aux Ă©valuations » (ou ici pour une Ă©tude), les directeurices d’Ă©coles regrettant « un abaissement du programme » au bĂ©nĂ©fice de ces Ă©preuves. Du cĂ´tĂ© des parents d’Ă©lèves anglais, le système n’a plus la cĂ´te depuis que la logique de l’Ă©valuation nationale pour tous les niveaux s’est appliquĂ©e aux Ă©lèves de 5 ans (Key Stage 1)...avant de devoir faire machine arrière Ă  cause des nombreuses oppositions.

 Des Ă©valuations inutiles

On ne peut pas arguer non-plus que ces Ă©valuations permettent une meilleure connaissance du niveau de nos Ă©lèves : nous avons dĂ©jĂ  dit que les exercices Ă©taient souvent trop particuliers pour ĂŞtre significatifs, et dans le cas oĂą les consignes ont Ă©tĂ© bien intĂ©grĂ©es par les Ă©lèves nous nous retrouvons avec des rĂ©sultats qui sont les mĂŞmes que ceux que nous possĂ©dions dĂ©jĂ  grâce aux collègues de l’annĂ©e dernière, ou Ă  nos propres Ă©valuations de dĂ©but d’annĂ©e...

 Un traitement des donnĂ©es qui pose problème

En revanche, contrairement au travail fait en classe, les rĂ©sultats des Ă©valuations nationales ne se contentent pas d’ĂŞtre inscrits sur le bulletin. En 2018, des internautes rĂ©vèlent que la masse de donnĂ©es que constituent les rĂ©ponses aux questions, les rĂ©sultats de chaque Ă©lève, mais aussi les informations personnelles des rĂ©pondant⸱es est hĂ©bergĂ©e par Amazon sur des serveurs irlandais, une entreprise qui ne cache pas son utilisation massive de donnĂ©es personnelles pour trouver de nouveaux consommateurices.
Si depuis l’EN assure que le problème est rĂ©glĂ©, que les donnĂ©es sont sĂ©curisĂ©es et accessibles seulement Ă  l’aide de codes en respectant le RGPD, il n’en reste pas moins que ces bases de donnĂ©es constituent une manne de renseignements gĂ©olocalisĂ©s qui sera ensuite conservĂ©e pendant 5 ans.




 Des Ă©valuations qui participent au tri des Ă©lèves

Elles ont aussi un impact non-négligeable sur le parcours de nos élèves et sur le climat politique ambiant.

Les Ă©valuations de CM2 et celles de 6ème servent Ă  prĂ©parer les groupes de niveaux pour l’annĂ©e de 6ème, faisant alors un tri parmi les Ă©lèves, tout en les mettant en concurrence. Lorsqu’elles seront Ă©tendues Ă  tous les niveaux, elles permettront de poursuivre cette sĂ©lection sur tout le parcours scolaire, puisque le ministère persiste Ă  vouloir maintenir les groupes de niveaux envers et contre tout.
Rien n’interdit alors d’imaginer un futur Ă  l’anglo-saxonne oĂą les Ă©coles de plus en plus autonomes, seront considĂ©rĂ©es et dotĂ©es de moyens en fonction du rĂ©sultat de leurs Ă©lèves avant le passage au collège.
Cette logique amène naturellement la mise en concurrence des établissements.

 Un marronnier mĂ©diatique

Enfin, chaque annĂ©e, nous avons droit au marronnier mĂ©diatique « spĂ©cial Ă©valuations nationales », avec d’un cĂ´tĂ© un exercice d’auto-satisfaction du ministère pour justifier le procĂ©dĂ© (l’Ă©phĂ©mère Anne Genetet parlant de progrès « notables » des Ă©lèves au bout de deux mois de fonction), et de l’autre la vague conservatrice sur laquelle surfent les auto-proclamé⸱es expert⸱es en Ă©ducation des plateaux, brandissant des rapports alarmistes et rĂ©pĂ©tant Ă  l’envi les mots « savoirs fondamentaux » comme autant d’appels Ă  faire passer rapidement les rĂ©formes de casse du système Ă©ducatif, et Ă  remanier les programmes scolaires pour leur donner un ton encore plus conservateur.




 Que faire face Ă  ces Ă©valuations ?

En septembre 2024 un appel au boycott de ces Ă©valuations a Ă©tĂ© lancĂ© par l’intersyndicale, et une journĂ©e de grève au dĂ©but du mois a intĂ©grĂ© dans ses mots d’ordre le retrait des Ă©valuations standardisĂ©es et la demande d’une vĂ©ritable politique Ă©ducative.

Nos collègues ont expĂ©rimentĂ© des pratiques dont il est possible de s’emparer :

  • Refus de se dĂ©placer pour rĂ©cupĂ©rer les livrets en circonscription
  • Refus de faire passer les Ă©valuations et/ou en tout Ă©tat de cause en ne pas faire remonter les rĂ©sultats
  • Faire voter une motion en conseil des maĂ®tres et des maĂ®tresses pour demander l’abandon de ces Ă©valuations.

Comme pour chaque rapport de force syndical, il s’agit de faire jouer le collectif et de ne pas rester isolĂ©.e face Ă  sa hiĂ©rarchie.
En primaire certain⸱es IEN de circonscription ont appelĂ© les rĂ©fractaires pour connaĂ®tre leurs motivations et leur demander de motiver ce refus, d’autres ont envoyĂ© des mails insistants ou ont reçu des dĂ©lĂ©gations de PE pour leur demander des explications. La mobilisation a fait que les pressions ne sont pas allĂ©es plus loin. Les menaces de retrait de salaire n’ont pas pris non plus : les Ă©valuations ne sont encadrĂ©es par aucun texte juridique et ne sont pas inscrites dans les obligations de service des PE.

Pour le secondaire la logique est la mĂŞme : il s’agit de s’organiser avec ses collègues pour pouvoir rĂ©sister aux pressions des chef⸱fes d’Ă©tablissement. Il est possible par exemple de rĂ©diger un communiquĂ© commun de l’Ă©quipe enseignante pour expliquer le refus et communiquer autour de ces raisons.

A noter que la FCPE, fĂ©dĂ©ration majoritaire des parents d’Ă©lève s’interroge sur le bien-fondĂ© de ces Ă©valuations « A quoi bon faire subir aux Ă©lèves des Ă©valuations nationales si le ministère ne prĂ©voit pas ensuite des moyens financiers et humains pour les accompagner et les aider dans leurs apprentissages ? » et demande Ă  remettre les enfants au centre de l’Ă©cole.



 La position et les revendications de SUD Ă©ducation 92

  • SUD Ă©ducation 92 soutient les personnels en lutte contre les Ă©valuations nationales.
  • SUD Ă©ducation 92 revendique la suppression des Ă©valuations nationales imposĂ©es aux Ă©lèves et aux personnels.
  • SUD Ă©ducation 92 rĂ©clame le respect de la libertĂ© pĂ©dagogique et une formation continue, sur le temps de service, rĂ©pondant aux besoins des personnels.
  • SUD Ă©ducation 92 demande, contre cette vision managĂ©riale de l’école, des moyens pour une Ă©cole Ă©galitaire et Ă©mancipatrice et continuera de s’opposer frontalement aux tentatives de mises au pas des personnels.

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