À partir de cette lecture du fonctionnement d’une école primaire, deux voies opposées se dessinent : approfondir la dimension démocratique de l’école, ou bien la fragiliser. Pourtant, ces deux voies partent de la même question : celle de la direction de l’école.
Pour un renforcement de la démocratie à l’école
Une organisation collective
À SUD Éducation, la voie de l’approfondissement démocratique est la seule qui puisse répondre à la mission éducative de l’école et favoriser l’épanouissement de toutes les personnes qui y travaillent. Cela implique une direction collégiale, renforçant ainsi les liens et le travail d’équipe au sein de l’école.
Dans une telle organisation, les moyens et le temps sont attribués à l’école elle-même, et non à une personne dotée d’une autorité particulière.
En partageant les tâches administratives et pédagogiques de manière collective, les équipes seraient libres de concevoir ensemble des projets communs, de réfléchir aux choix pédagogiques et à l’organisation matérielle, et de maintenir des relations ouvertes avec les acteurs extérieurs (parents, mairie, vie locale).
Ce modèle permet à l’école de s’éloigner des logiques hiérarchiques pour devenir un espace égalitaire et inclusif, où chaque membre contribue à une éducation de qualité pour tou·tes.
Contre une approche managériale
À l’opposé de cette vision se trouve l’approche managériale, imposée par des réformes comme la loi Rilhac (2021), qui vise à centraliser l’autorité dans entre les mains d’une direction unique, peu à peu détachée des réalités de classe. En confiant à une personne déchargée de sa fonction d’enseignement des prérogatives élargies, cette logique instaure une hiérarchie au sein même de l’école, remplaçant l’essence démocratique du conseil des maîtres et des maîtresses par une structure de pouvoir.
Ce basculement d’un modèle collectif vers une hiérarchie interne ne fait que renforcer la logique de contrôle déjà imposée par les échelons supérieurs de l’Éducation nationale.
Un abus de pouvoir et injonctions multiples et intrusives
L’abus de pouvoir dans l’Éducation nationale n’a rien de nouveau. Les enseignant·es subissent souvent la pression hiérarchique exercée par leur inspection, qui impose des directives pédagogiques menaçant leur liberté d’enseigner.
Ces injonctions multiples et intrusives, ainsi que des pratiques d’intimidation, portent atteinte aux fondements mêmes de leur métier, remettant en question les acquis sociaux et les valeurs démocratiques qui sont au cœur de l’enseignement.
Contre la caporalisation de l’école
À maintes reprises, nous avons exposé les moyens de faire face à cette absurdité hiérarchique (terme ici employé par euphémisme), et nous continuerons d’accompagner chaque agent·e qui en souffre, encourageant une résistance collective contre la dé-démocratisation de l’Éducation nationale.
Une confusion des rôles de la part de nombre de directeurs et directrices
Les directeurs et directrices, pourtant collègues à part entière, semblent parfois tirer leur autorité non des textes, mais d’une interprétation personnelle de leur rôle, mélangeant les textes existants et les textes qui sont anticipés (dans la continuité par exemple de la loi Rihac).
Dans un contexte où les enseignant·es sont traité·es comme de simples rouages par le pouvoir ministériel, plusieurs directeurs et directrices traduisent le rôle de la direction de l’école par une sorte de direction du corps éducatif.
Les signalements de comportements autoritaires ne sont pas rares. Cette confusion de rôle peut les éloigner des valeurs d’équipe, les plaçant de l’autre côté de la lutte pour la démocratisation de l’enseignement, comme un retour nostalgique vers une école autoritaire et élitiste.
Déchargé·es de classe ils et elles deviennent déchargé·es de leur classe sociale.
Un pouvoir hiérarchique sur les collègues qui n’existe pas
Pourtant, les prérogatives actuelles des directeurs et directrices ne leur confèrent pas un pouvoir hiérarchique sur leurs collègues.
Leur rôle consiste avant tout à veiller à la bonne marche de l’école, coordonner l’équipe pédagogique, et représenter l’institution auprès des acteurs extérieurs. Ils et elles doivent également assurer la diffusion des informations institutionnelles, organiser les conseils des maîtres et des maîtresses, répartir les élèves et les moyens pédagogiques après concertation, et garantir la sécurité des élèves.
Cependant, ces fonctions, bien que définies, sont souvent déformées par une accumulation d’injonctions administratives imposées par la hiérarchie ou les collectivités territoriales.
Les dérives d’un pouvoir abusif
Les directeurs et directrices se retrouvent ainsi à jongler avec des attentes contradictoires, entre gestion bureaucratique et défense des intérêts de l’équipe, parfois au prix de leur propre implication pédagogique.
Cette pression les place dans un rôle ambigu : porte-paroles des enseignants d’un côté, relais d’une autorité extérieure de l’autre.
Ces dérives, en contradiction avec l’esprit collégial qui doit prévaloir dans les écoles, risquent d’éloigner encore davantage les directions de la logique démocratique et autogérée qui devrait animer toute communauté éducative.
Quelle attitude adopter face à cette dérive ?
Le respect de nos valeurs : contre les comportements hiérarchiques et de domination
À SUD éducation, nous choisissons l’a priori positif et l’optimisme.
Les directeurs et directrices d’école sont nos collègues et, en tant que tels, iels bénéficient de la même protection sociale et syndicale.
Iels adhèrent à SUD Éducation comme tout autre personnel de l’Éducation nationale, et s’engagent, ce faisant, dans des valeurs de solidarité et d’égalité.
Nos orientations adoptées au congrès précisent : « Les personnels enseignants qui occupent des fonctions de directeur·ices ou conseiller·es pédagogiques (CPC) doivent adhérer à nos valeurs, ne pas mettre en œuvre des pressions ou des organisations pathogènes et contraires au bien-être et aux droits des autres agent·es. Iels doivent favoriser les prises de décisions démocratiques au sein des écoles. »
Rompre avec nos valeurs, c’est rompre avec notre syndicat.
C’est pourquoi nous nous opposons aux comportements hiérarchiques, de dominations, racistes, sexistes, homophobes, ou transphobes.
Résister en restant fidèle à l’esprit démocratique de l’école
Nous conseillons aux collègues investi·es dans la mission de direction d’école de résister aux mutations insidieuses de leur rôle, souvent imposées par les injonctions hiérarchiques.
En choisissant de rester fidèles à l’esprit démocratique de l’école, ils et elles peuvent contribuer à préserver un cadre de travail coopératif et équitable pour tou·tes.
Nous les encourageons à rejoindre toutes les luttes visant à renforcer la démocratie et l’autogestion dans les établissements, en défendant les valeurs de solidarité, d’égalité et de respect mutuel qui fondent le collectif enseignant.
Soutenir une école émancipatrice
SUD Éducation soutient pleinement celles et ceux qui refusent de céder aux pressions centralisatrices et qui aspirent à faire de l’école un espace d’émancipation pour les élèves comme pour les enseignant·es.
Nous restons mobilisé·es pour accompagner et protéger tous les personnels engagés dans cette voie, convaincus que seule une école autogérée peut remplir sa mission de service public et offrir aux jeunes générations les bases d’une société plus juste et égalitaire.
Ressources
Notre brochure : la démocratie à l’école
A lire et télécharger en cliquant sur l’image :
Notre guide 1er degré
A lire et télécharger en cliquant sur l’image :
Communiqués / Tracts











