Le SNU : Qu’est-ce que c’est ? Comment lutter dans son établissement contre la mise au pas de la jeunesse ?

vendredi 13 septembre 2024
par  SUD Education 92

Le SNU est coûteux, militariste, à l’encontre de nos valeurs.
Comment ça fonctionne ?
Notre analyse et des pistes pour lutter contre sa mise en place et sa généralisation.

 Qu’est-ce que le SNU ?

Le Service national universel, promesse de campagne d’Emmanuel Macron lors des élections présidentielles en 2017, est crée en 2018 et mis en place pour la 1ère fois en janvier 2019 sous le gouvernement d’Édouard Philippe.

Le gouvernement présente ce programme comme un séjour de cohésion pour les jeunes de 15 à 17 ans partageant comme point commun l’envie de faire bouger les choses et d’être utile à la société.

L’objectif est clair : une obligation et généralisation du SNU pour 2026.

 Un programme en trois phases



 Une 1ere phase dite de « cohésion »

Les élèves volontaires séjournent pendant 12 jours dans un des centres actifs du réseau, qui se situe obligatoirement dans un autre département que celui d’origine. Si l’élève postule seule, iel effectue ce séjour en dehors du temps scolaire, si des élèves partent dans le cadre du programme « classes et lycées engagés », iels peuvent partir durant le temps scolaire. Selon le site du gouvernement, les élèves se voient proposer durant ce séjour des activités physiques, sportives et de cohésion, des activités culturelles, des chantiers participatifs, des visites, des rites républicains. Les élèves sont encadré·es par un tuteur et une équipe de 14 jeunes .

Iels doivent participer aux différentes tâches animant le centre : gestion des repas, des déchets, du nettoyage, etc... Les garçons et les filles sont séparé·es. Ce séjour est entièrement pris en charge par l’Etat (transports, hébergement, repas).

 Une 2e phase dite de « temps de service à la nation »

L’élève effectue une mission d’intérêt général dans le secteur civil (associations, services publics, établissements de santé) ou dans les corps en uniforme (armées, pompiers, gendarmerie et police nationale).

Cette mission doit durer au minimum 12 jours d’affilés ou de manière ponctuelle par tranche de 84h (soit 3,5 jours). Elle s’effectue tout au long de l’année en dehors du temps scolaire.

 Une 3ème phase dite « période d’engagement  »

Cette phase est facultative. Les jeunes de 16 à 25 ans peuvent s’engager volontairement dans les corps en uniforme ou dans les services publics pour une durée de trois mois à un an.

 Les moyens utilisés par l’Etat pour mettre en place le SNU

 Le label « classes engagées »


A destination des classes secondes (GT et pro) ou de 1ère année de CAP, il doit être en lien avec un projet pédagogique annuel qui porte sur une de ces quatre entrées : « Défense et Mémoire », « Environnement », « Résilience et prévention des risques », « Sports et Jeux Olympiques et Paralympiques ». Les entrées « environnement » et « Sports et Jeux Olympiques et Paralympiques » ont été les plus utilisées l’année dernière et permettent de maquiller l’aspect miliaire auprès des parents et des élèves.

Dans certains établissements, les « éco-délégué·es » sont incité.es à participer et à porter le projet. C’est bien une instrumentalisation de l’écologie et du greewashing qui cache le coût écologique du SNU et de l’appareil militaire.

Les classes dites « engagées » doivent obligatoirement participer à un « séjour de cohésion ».

Outre l’intérêt idéologique pour certaines directions et professeur·es, le lycée se voit attribuer une dotation spécifique qui permet de développer des projets autour d’une des entrées. Cette dotation peut servir de motivation à la direction de l’établissement.

 Différents outils de propagande sont mobilisés


Des témoignages d’élèves sont diffusés sur les réseaux sociaux mais l’Etat mobilise aussi des influenceurs comme Enzo Tais toi, Sundy Jules ou Tibo in Shape, le youtubeur fitness connu pour ses positions conservatrices. La vidéo de Tibo In Shape est particulièrement éloquente.
On le voit pendant 24min faire différentes activités sportives en Guyane comme courir dans la boue. Il défend le SNU comme étant une expérience exceptionnelle et met en avant l’argument de la découverte de territoires, ici la Guyane.

 La mobilisation d’arguments financiers


L’Etat mobilise aussi des arguments financiers pour inciter élèves et parents à participer au SNU.
En effet, l’inscription au SNU donne accès à des cours gratuits en ligne pour apprendre le code de la route et à une présentation gratuite à l’épreuve théorique générale du permis (a l’issue de la phase 2).

 Des incitations en lien avec parcousup


D’autres incitations existent aussi en lien avec parcoursup.
La participation au SNU est inscrite dans le dossier de l’élève et elle est particulièrement valorisante pour les licences de STAPS.

 Un recrutement en lieu et place du stage de 2nde


Le stage obligatoire en seconde est également un vivier de recrutement à destination des élèves ne trouvant pas de stage.

 Des partenariats avec des associations


Des partenariats avec différentes associations comme la Ligue de l’enseignement, les Francas, les centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Cemea), la Fédération Léo-Lagrange, l’Union nationale des centres sportifs de plein air (UCPA), l’Union française des centres de vacances et de loisirs (UFCV).

 Les objectifs du SNU

Sarah El Hairy, alors secrétaire d’Etat chargée de la jeunesse et du service national universel, dans un discours prononcé à l’Assemblée Nationale le 20 juillet 2023, présente le SNU comme un outil permettant de créer des repères partagés entre des élèves issu·es de milieux sociaux et de genres différents.

Mais quels sont ces repères ? Quelles sont les valeurs véhiculées durant le SNU ?
Le guide des contenus des activités proposé dans le cadre du SNU publié sur Eduscol dresse une liste de toute une série de thématiques à mobiliser qui peuvent être tout à faire intéressantes et louables comme l’environnement, la démocratie interne, la lutte contre les discriminations LGBTphobes, etc... Toutefois, seuls les modules suivants sont obligatoires à chaque « séjour de cohésion » :

  • Sport et autodéfense (1h minimum par jour)
  • « levée de couleurs » : Les volontaires sont rassemblées par maisonnées et par compagnies autour du drapeau français. À l’occasion du lever des couleurs, réalisé par un binôme de volontaires, la Marseillaise est chantée.
  • Présentation de la phase d’engagement.

 Notre analyse

 Un caractère militariste indéniable


Le caractère militariste semble indéniable dans le déroulement de ce séjour à travers une pratique intensive du sport et du levée de drapeau.
A cela s’ajoute pour beaucoup de stages, des journées autour d’activités mémorielles pilotées par le Ministère des armées.

Il y a bien l’idée dans ce programme de mettre au pas la jeunesse, comme le soulignait Sarah El Hairy dans son discours du 20 juillet 2023, l’actualité récente met en lumière un besoin d’engagement, de citoyenneté et de cohésion. Le ministre de l’Intérieur et des outre-mer l’a rappelé hier, le très jeune âge des émeutiers.

Elle fait ici écho aux émeutes à la suite de la mort de Nael tué à bout portant par un policier. La solution pour elle, n’est pas de s’attacher à réduire la violence policière et son racisme systémique, ni de favoriser le désenclavement des quartiers défavorisés mais de militariser la société. L’obligation de présenter la période d’engagement aux stagiaires a comme finalité, bien entendu, de recruter des jeunes dans les armées.

  • En accord avec nos valeurs antimilitaristes, nous sommes contre la mise en place du SNU. A travers ce dispositif, l’armée instrumentalise l’école. Ce stage sert de vivier de recrutement pour l’armée, 2/3 des missions d’intérêt général se font ensuite dans le secteur militaire et non dans le secteur public.
  • L’un des arguments de l’Etat pour défendre le SNU est de faire découvrir aux jeunes différents types de métiers. Lorsque l’on regarde les plaquettes des stages, ce sont bien des militaires qui les encadrent. Il y a peu de diversité de métiers contrairement au discours officiel.

 Les dérives du SNU : VSS, validisme, propos racistes et pratiques dangereuses


L’Etat afin de diffuser le SNU met en avant différentes valeurs, cohésion, émancipation, prise de confiance en soi. Comme nous l’avons déjà dit, plusieurs élèves ont été victimes de VSS ou de propos racistes et validistes. Les exemples sont pléthores comme cet encadrant accusé d’agressions sexuelles par sept jeunes à Vesoul ou ce signalement fait au procureur de la République pour harcèlement sexuel et propos racistes à l’issue de deux stages dans les Hauts-de-Seine.

Il suffit de regarder les vidéos de promotion du SNU pour se rendre compte de la forte présence d’activités physiques intenses qui ne prend nullement en compte la diversité des corps et handicaps.

Dans ce même discours du 20 juillet 2023 Sarah El Haïry défend une vision inclusive du programme : Profondément inclusif, il s’adresse à la jeunesse en situation de handicap déclaré , dans la réalité, seules 2,7 % de personnes en situation de handicap ont été accueillies, une seule structure permet leur accueil aujourd’hui.

Toujours dans ce même discours, elle évoque la possibilité que les jeunes, les plus fragiles parlent, témoignent et sont accompagné·es – notamment les jeunes filles, dont la parole se libère sur des questions essentielles, telles que le harcèlement, le cyberharcèlement, les violences sexistes et sexuelles. Dans la réalité, plusieurs témoignages et articles de presse ont relayé des discours sexistes et racistes de la part des personnes encadrant le stage.

Des pratiques d’humiliation ont aussi été révélées dans les médias comme cet encadrant dans un centre de Haute-Savoie qui faisait subir des punitions physiques aux élèves.

D’autres pratiques dangereuses ont aussi été révélées dans les médias comme l’ont montré des hospitalisations dues à des intoxications alimentaires collectives ou à une déshydration et insolation après une randonnée sportive.

Comme le rapportent les journalistes de Politis, certain·es jeunes sortent non pas émancipé·es de ce stage mais « traumatisé·es ».

De plus, Les élèves qui font le SNU durant le temps scolaire, manquent deux semaines de cours. Ce qui accentue les difficultés pour certain.es élèves.

La Cour des comptes dans un un rapport publié le 13 septembre 2024 critique « l’absence d’horizon clair », c’est-à-dire de véritable projet de société. Le rapport met aussi en avant de nombreuses irrégularités : problèmes de recrutement des encadrant.es, retards de bus, changement de centre d’accueil au dernier moment, etc.

 Un dispositif autoritaire mis en place non démocratiquement


Le SNU a été mis en place sans concertation des équipes pédagogiques et sans débats et vote au parlement.

Par ailleurs, le Conseil d’Etat a alerté le 20 juin 2019 que la généralisation du SNU devrait passer par une révision constitutionnelle. En effet, l’article 34 de la Constitution, heureusement, ne permet pas de soumettre un mineur à ce genre de dispositif.

 Un coût exorbitant


  • Le cout du SNU est exorbitant : c’est plus d’un milliard dépensé pour 12 jours. La Cour des comptes souligne également que la généralisation du SNU couterait entre 3 à 5 milliards d’euros. Or, cet argent serait utile pour restaurer le bâti scolaire, augmenter le salaire des équipes pédagogiques. A titre de comparaison, le département de la Seine Saint Denis aurait besoin d’un investissement de 358 millions d’euros pour rendre l’école plus accueillante : restaurer le bâti insalubre, créer 5 000 postes d’enseignant·es, 2 200 postes d’AESH, 650 postes d’AED, 320 postes d’AP, 175 postes de CPE.

    Le ministère et les rectorats ne cessent de nous dire que les caisses sont vides mais Tibo in Shape aurait été payé plus de 20 000 euros pour sa vidéo de promotion sur le SNU…
    C’est bien du gaspillage de l’argent public.

 Que peut-on faire ?

Nos actions doivent se porter aussi bien envers les élèves que les parents et les collègues.

 Sensibiliser les élèves aux intox et dangers autour du SNU


  • On peut par exemple dans le cadre d’une séance ou séquence d’éducation aux médias montrer les intérêts financiers des influenceurs comme Tibo In Shape.
  • Introduire des cours sur l’histoire de l’antimilitarisme
  • Parler avec eux des dérives discriminatoires

 Sensibiliser les familles


  • Diffusion de tracts et/ou d’articles de presse en mettant en avant la mise en danger des jeunes et le coût économique. La FCPE a par ailleurs fait un communiqué de presse le 10 mars 2023 contre le SNU, en reprenant les mêmes arguments que nous.
  • Encourager les familles à prendre les élèves de seconde en stage plutôt que de faire le SNU.
  • Discuter avec elleux des alternatives à mettre en valeur sur Parcoursup

     Sensibiliser les collègues


  • Tracts à distribuer en salles des profs (panneau syndical, casiers)
  • En parler en HMIS
  • Motion au CA et exiger que les « labels lycées et classes engagés » soient votés en CA (souvent les chef·fes d’établissement passent outre le vote en CA)
  • Mêmes actions que pour les parents et élèves : évoquer le cout économique, diffuser les articles de presses

 S’opposer au SNU en CA


Le CA peut être le lieu de rappeler et de construire l’opposition au SNU.

Télécharger le modèle de motion contre le SNU

Une motion, qu’est-ce-que c’est ? Comment ça fonctionne ?

Les explications ici.

 Se rapprocher du collectif « Non au SNU ! »


Ce collectif existe depuis trois ans et est présent sur un peu près tout le territoire français.

Il regroupe des syndicats, des organisations de jeunesse et permet de créer des actions collectives tout en partageant de nombreuses ressources pour lutter contre le SNU. Vous pouvez ici retrouvez un de leurs tracts et la liste des organisations et syndicats y faisant partie.


Portfolio

JPEG - 128.6 kio

Pratique

Nos revendications


Nous contacter


Adhésion


Contacter la Cellule de veille


Les caisses de grève


calendrier des stages et formations syndicales


Souffrance au travail


Nos guides syndicaux