Danger Imminent : l’utilisation de l’Intelligence Artificielle dans l’enseignement, un bon vers la « start-up education »

vendredi 29 mars 2024
par  SUD Education 92

  Petite présentation de MIA, l’IA de l’Éducation Nationale

Cette année l’EN a lancé un projet d’utilisation d’une IA visant à aider les élèves de seconde en français et en mathématiques. Ce logiciel s’appelle MIA, il a été créé par une start-up, EvidenceB, son expérimentation concerne 200 000 lycéens depuis février 2024, et 800 000 à la rentrée de septembre.
Cependant, au vu des autres réformes mis en place ses derniers temps, le risque de généralisation est fort, sans qu’un réel moment d’analyse des conséquences qu’elle entraîne ne soit fait. En ce sens, la commission de l’intelligence artificielle, chargée par l’exécutif de réfléchir à la question, a remis un rapport à E. Macron le 13 mars, nommé « Notre ambition pour la France », dans lequel il dit que l’Éducation Nationale serait « l’un des domaines où l’impact de l’IA générative pourrait être le plus important ». Il conseille une « intégration profonde » de cette technologie avec quelques « académies pilotes », ce qui suit assez fidèlement jusque-là, la mise en place de l’IA dans l’Éducation Nationale.
L’IA pourrait être utilisée afin d’appuyer la production des cours, d’automatiser une partie du travail de correction, d’aider les élèves à faire leurs devoirs, de permettre de personnaliser les contenus pédagogiques pour chaque élève, de leur proposer des tutorats ou encore de les aider pour leur orientation.

Concrètement, l’ IA pourra par exemple être utilisée pour la plateforme Parcoursup, à savoir l’orientation dans le supérieur de centaines de milliers d’élèves. Il faudra alors être prudent quant à la façon dont cette IA sera paramétrée, pour choisir un·e élève plutôt qu’un·e autre.

  Chacun·e devant son écran : l’individualisme en marche

Le projet MIA est un projet issu de l’ère de l’individualisme à outrance dans le domaine de l’éducation. Selon le fondateur de l’application, Thierry de Vulpillières, MIA va permettre de créer un « parcours personnalisé » pour l’élève, identifiant ses lacunes, en laissant en suspens de nombreuses interrogations : quels seront les contenus visés par le parcours ? Les moyens mis en œuvre pour pallier aux lacunes repérées ?
Le problème étant que MIA donne une vision très individualisée de l’apprentissage. La classe n’est pas vue comme un groupe, avec ses spécificités communes, notamment en terme socio-culturel, mais comme une succession d’individus. Cela remet donc en cause le rôle d’éducation sociale de l’école et celle de l’appropriation de la connaissance par le biais de la transmission et du langage, alors que de nombreuses études montrent qu’une surexposition à l’outil numérique nuirait aux capacités psycho-sociales des enfants et adolescent·e·s.
Ainsi, le tout numérique connait partout dans le monde des retours en arrière, comme l’arrêt du tout écran dans les écoles en Suède ou encore les élites de la Silicon Valley qui envoient leurs enfants dans des écoles sans écrans. Le principe de précaution devrait prévaloir avant de modifier l’apprentissage de centaines de milliers de jeunes...

  L’(in)sécurité des données

L’utilisation et la généralisation de l’IA pose des questions de sécurité concernant les données utilisées. Le premier problème est que ces données soient entre les mains d’une entreprise externe à l’Éducation Nationale. Allons-nous laisser l’ultime espace de savoir public, l’Éducation nationale, aux mains des start-ups néolibérales ?
À titre de comparaison, la gendarmerie a elle aussi créée une IA pour l’aider dans son travail, mais sans solliciter d’intervenants extérieurs, par crainte envers la sécurité de ses données. Le second problème vient du fait que les serveurs de l’Éducation Nationale ne sont pas réputés comme étant fiables (doux euphémisme), en témoignent les attaques récurrentes en tout genre.

Ces deux points sont d’autant plus inquiétants que l’on ne peut savoir quelle importance auront les données récoltées à l’avenir, ni quel type de gouvernement les aura à sa disposition.

  Le nouveau métier de l’enseignant·e : chef·fe de robots ?

Ce projet, quoique fort attrayant au premier abord (rires), n’attire pas les enseignant·e·s. Iels y voient quelque chose de déconnecté des préoccupations du terrain.
Le numérique est vu de façon plus générale comme étant très chronophage, par exemple l’IA donne accès aux points forts des élèves, leurs points faibles et les points à travailler, autant d’éléments qui devront ensuite être analysés et résolus par l’enseignant·e sur son temps personnel. Enfin, l’IA dépossède l’enseignant·e de son expertise au profit de la machine, aucun·e professeur·e n’a d’ailleurs été consulté·e pour la conception de cet algorithme, contrairement à PIX, par exemple.
Nos bons technocrates comptent donc se tourner vers les jeunes professeur·e·s pour faire leur propagande. La commission de l’IA préconise ainsi une formation des enseignant·e·s à MIA, avec une intégration, dès 2025, de l’apprentissage de son utilisation dans les concours de recrutement des enseignant·e·s.
Il est également à craindre que la généralisation de ces outils informatiques ne prenne la place de véritables éducateurs·rices à plus long terme. Ce serait une fausse bonne solution pour pallier au manque de personnel.

Une hypothèse possible mais qui s’inscrirait bien dans la vision politique du « tant qu’il y a un quelqu’un devant les élèves », serait de confier à une personne précaire (AED, stagiaire MEEF) la supervision d’élèves répondant à des questions devant un ordinateur.

  Et combien ça coûte votre affaire ?

Il est difficile de mesurer exactement le coût de ces opérations car plusieurs éléments sont à prendre en compte comme l’équipement des élèves, la couverture réseau dans les zones blanches, le coût de ces logiciels spécifiques qui coûtent des prix faramineux. Selon la commission de l’IA, il faudrait y consacrer 200 millions d’euros par an sur 5 ans, chiffre à mettre en regard avec le budget actuel (2024) du « numérique dans l’éducation » : 9 millions d’euros.
À l’heure où « l’argent magique n’existe pas », selon les mots de notre président bien-aimé, il est difficile de voir en ce projet quelque chose de réaliste.
Dans le cas où, grâce à un peu de poudre de perlinpinpin, on trouverait, par magie le budget nécessaire, qui ne serait pas offusqué qu’il ne soit pas utilisé plus utilement ? Afin de baisser le nombre d’élèves par classe,d’augmenter les salaires, ou de refaire les locaux scolaires amiantés, par exemple.

  Plus d’arbres, moins de robots !

Enfin, le tout numérique est plus polluant qu’on ne pourrait le croire, notamment parce qu’il nécessite de faire fonctionner continuellement des serveurs dédiés, de construire des infrastructures de télécommunication, tout cela avec des métaux lourds dont l’extraction a un bilan humain et environnemental catastrophique.


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