COVID : L’école prend l’eau sous la vague

mercredi 24 mars 2021
par  SUD Education 92

Ce mois de mars, alors que le taux d’occupation des lits de réanimation est à son maximum, aucune mesure d’urgence n’a été prise pour l’éducation.
Les écoles restent ouvertes sans aménagement réel du protocole sanitaire malgré un nouveau confinement car, selon notre ministre, les contaminations ont lieu partout sauf à l’école.

Les variants progressent, le protocole sanitaire régresse

Le ministère s’est juste borné à imposer la mise en place des demi-groupes dans l’ensemble des lycées, révélant au grand jour le fait qu’il avait depuis novembre laisser s’installer une situation de lycées à 2 vitesses avec des établissements appliquant une demi-jauge stricte, et d’autres continuant comme si de rien n’était.
Comme si de rien n’était, c’est la situation des écoles et collèges : aucun aménagement du nombre de personnes n’est mis en place alors qu’il est établi que les collégiens ont la même contagiosité que les adultes (et que les lycéens).

Alors que notre département reconfine, c’est fort logiquement que le protocole sanitaire évolue vers moins de protection des personnels et des élèves.
Deux exemples le montrent bien :

  • Dans la FAQ du 19 janvier [1], il était écrit, que, pour tenir compte des variants :

    La fréquence [de l’aération des locaux] peut, bien entendu, être plus importante si cela est jugé nécessaire localement.

    Sans doute le « bien entendu » était-il trop évident car cette phrase a été retirée depuis.


  • Et, en plein reconfinement et en même temps, voici ce qu’il est rendu possible dans la dernière version de la fiche thématique organisation de l’EPS mise à jour au 19 mars 2021 :

    S’il est recommandé de privilégier les activités extérieures et les activités « de basse intensité » avec le port du masque dans les gymnases, l’activité physique en gymnase est de nouveau possible sans port du masque.



Un contact-tracing à distance qui ne tient pas compte du terrain

La politique de contact-tracing menée par les ARS (Agences Régionales de Santé) est biaisée dans les établissements et les écoles.
Les enquêtes concernant les cas contacts ne sont pas menées avec la rigueur nécessaire :
Elles se fondent essentiellement sur les déclarations des élèves testé-e-s positif-ve-s. Or, un•e enfant de 12 ans face à des autorités constituées peut mentir et ne pas tout dire sous la pression et ne pas avouer qu’il ou elle a bravé les règles sanitaires en discutant avec ses camarades sans masque par exemple, ou par peur des conséquences que cela pourrait avoir pour sa famille si elle ou il était déclaré cas contact..
Elles ne prennent pas en compte les informations remontées par les personnels sur les comportements à risque de certain-e-s élèves (non port du masque, contacts en dehors de la classe, etc.) ou sur les contacts possibles entre personnels.

Ces enquêtes se limitent à considérer que le port du masque étant obligatoire pour les personnels et les élèves à partir de 6 ans exclut de facto la plupart des contacts possibles.
Parfois, même les cas contacts évidents ne sont pas remontés à l’ARS qui prend donc des décisions sans avoir les bons retours.
Nous revendiquons une procédure claire de tracing qui prenne en compte les alertes et réalités du terrain. Et des consignes claires qui obligent les directions des établissements à transmettre de façon complète les informations dont elles disposent aux ARS pour que leur centralisation ait réellement un sens.



Une politique de communication aléatoire

Tant bien même un cas est avéré, la communication interne ne permet pas ensuite de mettre en place une réelle politique sanitaire.

En effet, nous déplorons également que la politique interne de l’éducation nationale de communication aux personnels et aux familles sur la réalité des contaminations soit parcellaire voire inexistante.
Le fait de ne pas communiquer sur le fait qu’un personnel ou un élève a été en contact avec un cas positif ne leur permet pas de prendre des précautions ou de se signaler.

Nous déplorons aussi le manque de communication général envers les personnels et les familles sur les règles de contact-tracing et les conduites à tenir.

Pourtant, la FAQ (foire aux questions du ministère) est claire sur ces points : il doit y avoir une communication à destination des personnels et des parents à chaque cas confirmé pour dire si le personnel ou l’élève est cas contact à risque ou non (p. 19 de la FAQ).

Mais les hiérarchies locales les appliquent de façon parcellaire voire pas du tout. Ainsi, la réalité des contaminations et les mesures de précautions que nous jugeons nécessaires ne sont pas prises.



Pour une réelle transparence

Nous revendiquons une transparence complète sur la situation dans les établissements scolaires, avec des données ouvertes qui soient communiquées et dont les CHSCT puissent se saisir ainsi que tous les personnels et usagers. À ce jour, avec une médecine scolaire en ruine [2], il n’y a pas de chiffres clairs.
Ceux avancés par le ministre Blanquer pour les contaminations des enfants sont même contredits par Santé Publique France [3]. L’Education Nationale compte près d’un million de personnels et 12 millions d’élèves.
Mener une politique sanitaire nationale sans avoir de données fiables sur 1 personne sur 5 présente en France dans leur milieu professionnel est une ineptie.



Pour ne plus écoper sans moyens : pour un plan d’urgence

L’éducation nationale n’a pas fait le choix de protéger ses personnels et ses usager-e-s. Aucun plan d’urgence pour l’éducation n’a été engagé (recrutement de personnels notamment). Tout est mis en œuvre pour que le maximum d’écoles et établissements restent ouverts afin de gêner le moins possible l’économie déjà mise à mal par les choix sanitaires depuis le début de la crise.

En réalité, le ministère n’a eu de cesse de minimiser la menace dans les écoles d’abord pour des raisons idéologiques : il s’agissait à tout prix de garder les écoles ouvertes pour que les parents puissent aller travailler, et pour ne pas être obligé de délivrer des autorisations d’absences ou de payer le chômage partiel. A cela s’est ajouté un enjeu politique : faire de la non-fermeture des écoles un marqueur de la gouvernance de la France pour se distinguer de ses voisins européens.

Tout à donc été mis en œuvre pour maintenir les écoles ouvertes : reprises des mensonges et études biaisées qui ont affirmé contre l’évidence que les enfants n’étaient pas contagieux [4] et que les écoles étaient des lieux sûrs [5], allègement des définitions des cas contacts pour limiter les fermetures de classe, passage de la quinzaine à la septaine pour réduire la durée des fermetures, sous-estimation et opacité sur le nombre de cas dans les écoles et établissements, refus catégorique d’étendre aux collèges les mesures de demi-jauge appliquées au lycée, non-généralisation des demi-jauges au lycée...

Nous rappelons que, au moment même où le ministre Blanquer rend 600 millions d’euros de budget de l’Education Nationale dont il ne trouve pas l’utilité [6], Sud Education revendique depuis des mois un plan d’urgence pour l’éducation.
Si les écoles sont amenées à fermer, si des populations sont amenées à souffrir de la pandémie, ce ne sera pas faute d’avoir proposé des manières de l’éviter : ce sera faute de réels moyens mis en place.



SUD éducation revendique  :

  • les créations de postes en nombre suffisant pour faire baisser les effectifs dans les classes, les écoles et établissements et assurer les remplacements de l‘école au lycée
  • un plan de construction de bâtis scolaire en lien avec les collectivités, adossé à la réquisition de bâtiments inutilisés pour faire face à la crise
  • le recrutement massif de personnels médico-sociaux
  • la mise à disposition massive de tests salivaires utilisables localement lors de la découverte de cas de Covid, et plus largement la réalisation d’une campagne de tests pour l’ensemble des élèves et personnels d’ici la fin du mois de mars
  • le retour aux seuils annoncés pour la rentrée de septembre : fermeture d’une classe à partir d’un cas, de l’école ou de l’établissement à partir de trois
  • un protocole simple en cas de détection de cas de Covid : mise en quarantaine de la classe, de l’école ou de l’établissement uniquement le temps de la réalisation des tests salivaires, puis retour en classe de tous les élèves négatifs, afin de limiter le temps de classe perdu
  • le recrutement immédiat de personnels médico-sociaux formés pour mettre en œuvre la politique de tests nécessaire.



    Télécharger le communiqué en pdf.






[1Voir en ligne, p. 10.

[4Pour rappel, l’étude de Contamines-Montjoie qui a popularisé le mensonge affirmant que les enfants n’étaient pas contagieux a été écrite en s’appuyant sur le cas d’un unique enfant positif qui n’aurait pas contaminé son entourage dans un chalet de montagne (cas d’école du biais scientifique alors qu’une étude "sérieuse" requiert au minimum l’examen sur un échantillon de plusieurs centaines de cas).

[5pour rappel, Arnaud Fontanet membre du Conseil Scientifique a produit avec l’Institut Pasteur un rapport affirmant que les enseignants étaient moins contaminés que la population générale sur la base d’une étude qui a été menée pendant les vacances de la Toussaint.


Documents joints

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