« Journée de retrait de l’école », analyse

lundi 3 février 2014
par  SUD Education 92

Les événements qu’ont connus plusieurs écoles sont le résultat de la
conjugaison de trois phénomènes..

1) Un phénomène religieux :

depuis
plusieurs années, des auteurs et associations
catholiques, mènent campagne
contre ce qu’ils appellent
abusivement la « théorie du genre »,
c’est-à-dire l’utilisation par les sciences
sociales du concept de genre pour
rendre compte en particulier des différences
non biologiques entre les
hommes et les femmes, autrement dit
entre les comportements et rôles masculin
et féminin.

En 2011, avant même l’arrivée de la
gauche au pouvoir, 80 députés UMP
avaient adressé au ministre Luc Chatel
une lettre demandant de « retirer des
lycées les manuels [de sciences de la
vie et de la terre (SVT) des classes de
première] qui présentent cette théorie »
au motif que « Selon cette théorie, les
personnes ne sont plus définies comme
hommes et femmes mais comme pratiquants
de certaines formes de sexualités
 ».

Le Conseil pontifical pour la
famille avait pris position avec un opuscule
Gender, la controverse, préfacé
par Toni Anatrella, refusant toute valeur
scientifique au « genre ».
Ces mouvements catholiques ont été
rejoints par des associations musulmanes,
par exemple le sites Islam et
info ou Info muslim ou le Collectif des
Musulmans pour l’Enfance , créé à
Lyon et essaimant sur toute la région,
et qui explique : « Nous disons non à la
théorie du genre enseignée à l’école de
la République, non à son expérimentation
dans les crèches. Nos enfants ont
droit au RESPECT ».

Tous prennent comme « preuve » de
cette volonté d’imposer la prétendue
« théorie du genre » soit « l’ABCD de
l’égalité », expérimenté dans 10 académies
volontaires « pour transmettre dès
le plus jeune âge la culture de l’égalité
et du respect entre les filles et les garçons
 » soit un rapport « Normes
d’éducation sexuelle en Europe » élaboré
par le bureau européen de l’Organisation
Mondiale de la Santé (OMS), et
qui représente selon l’organisation
catholique CitizenGo « un abrégé de
corruption de mineurs inspiré par la
théorie du Genre »

2) Une réorientation de la « Manif
pour tous » :

les groupes militants
contre le mariage gay, persuadés que
« Le vrai but du mariage homosexuel
est d’imposer la théorie du genre »
mettent en place en juillet 2013 leur
« saison 2 », c’est-à-dire la constitution
de « comités de vigilance » chargés de
veiller dès la rentrée scolaire aux messages
véhiculés
dans les écoles
et les crèches.

Il
s’agit de s’appuyer
sur des
réseaux de
parents
d’élèves, de
créer une « base
d’information »
par courriel, de
diffuser dans
tous les départements
des
documents
« pédagogiques
 » contre
la « déconstruction
des stéréotypes
 » et la
« théorie du
genre ».

Un collectif de parents comme
Vigie des familles organise des conférences
et des sessions de formation
pour donner « toute information nécessaire
au discernement et à la compréhension
de la stratégie
gouvernementale et d’associations
diverses (syndicats, associations LGBT,
féminisme radical et non paritaire etc…)
pour infiltrer l’école. »

Les militant-e-s
sont sur la brèche.

Les « radicaux » de la Manif pour tous
ne sont pas en reste.

Le Printemps
français, scission « radicale » (intégristes
catholiques, groupes d’extrême
droite, identitaires) du mouvement antimariage
gay désireux de « rompre avec
la ligne festive de Frigide Barjot », a
appelé à une « Marche pour la vie » le
19 janvier à Paris pour signifier le
« refus de la loi Taubira et de ses
conséquences, de la GPA, de l’euthanasie
et des délires féministes du projet
de loi Belkacem ».

Alain Escada, président de l’association
intégriste catholique
Civitas, a
tenu une conférence
contre la
théorie du genre le 10
janvier 2014.

3) Une intervention
de l’extrême
droite
qu’on qualifie
souvent de
« soralienne ».

Celle-ci a lancé,
le 18 décembre,
par l’entremise
de Farida Belghoul,
l’appel à
observer chaque
mois une « Journée
de retrait de l’école pour l’interdiction
de la théorie du genre dans tous
les établissements scolaires ».

Le « Manifeste des intellectuels du
peuple destiné aux parents d’élèves »
pour les encourager à participer à ces
JRE est signé notamment, outre Farida
Belghoul, par Marion Sigaut, historienne
membre d’Egalité et Réconciliation
(l’association de Soral) et
spécialisée dans la dénonciation des
Lumières ; Béatrice Bourges, porte-parole
du Printemps français ; Salim Laïbi,
auteur d’une vidéo de défense de Le Pen contre ses accusateurs ; des
contributeurs réguliers du site Egalité
et Réconciliation comme Anne Lucken,
ou Albert Ali, fondateur du Rassemblement
des Musulmans Souverainistes,
qui écrit sur son site « Osons
Marine ! » .

Tous ces mouvements, malgré des
différences voire des divergences idéologiques
évidentes, convergent sans
problème lorsqu’il s’agit de s’opposer
« à la théorie du genre » : par exemple,
le Collectif des Musulmans pour l’Enfance
a organisé à Lyon le 9 novembre
dernier une conférence avec Frigide
Barjot, l’égérie des cathos de la Manif
pour tous.

De même, tous ont convergé pour
organiser dimanche 26 janvier la manifestation
parisienne du « Jour de
colère », qui rassemblait aussi bien des
intégristes catholiques que des identitaires
païens, des anti-mariage gay et
des anti-impôts, des bonnets rouges
et des Hommen, des dieudonnistes et
des groupes anti-Islam…
C’est ce qu’il faut voir quand on
évoque l’extrême droite : loin d’être
identifiable au seul FN, elle agglomère
aujourd’hui une multitude de groupes
ou d’individus qui n’ont en commun
que leur anti-égalitarisme et leurs multiples
ressentiments, voire leurs obsessions
complotistes. Il suffit de visiter
les forums qui ont reproduit l’appel à la
« Journée de retrait de l’école » pour
constater, à travers quelques commentaires
de forumeurs, l’inquiétante diversité
et la confusion de ce qui se
retrouve dans cette initiative.