DANS L’ÉDUCATION NATIONALE AUSSI LA PRÉCARITÉ, CA SUFFIT !

vendredi 10 juillet 2009
par  SUD Education 92

Un phénomène ancien et massif.

Entre cadeaux fiscaux pour la bourgeoisie et création des postes de titulaires nécessaires
au bon fonctionnement des services publics, l’État a choisi. Pour rogner un peu plus sur
les dépenses utiles à la collectivité, les trois fonctions publiques embauchent au moins
780 000 non titulaires (15% des personnels contre 14,1% en 1996) sans compter les
145 000 personnes recrutées en contrat aidé. L’éducation nationale n’est pas en reste,
au contraire (voir p.4). A ce jeu, gauche et droite ont oeuvré de conserve. Depuis les
Maîtres Assistants (MA) et les TUC (mis en place par le PS en 1982) une multitude
d’emplois précaires desservant tous les secteurs ont été créés : CES, CEC, contractuel-les,
vacataires, emplois jeunes, assistant-es d’éducation, CAE, AVS, EVS, Contrat d’Avenir
(CA)… Comme dans le secteur privé, l’État et les collectivités territoriales ont aussi
recours à la "sous-traitance" pour installer l’emploi précaire dans les services publics via des
partenariats avec des associations ou des entreprises privées. Ainsi les EMOP (Équipe
Mobiles d’Ouvriers Professionnels) publics sont de plus en plus concurrencées par des prestataires
privés pour la maintenance. On ne peut oublier non plus la privatisation du service
public des cantines où les Sodexo et consorts ont des fonctionnements parmi les
plus antisociaux.

Conditions de travail précaires, salaire aléatoire et galère au quotidien

A travail égal, les précaires sont moins payé-e-s, moins protégé-e-s, ont une moins
bonne couverture sociale, sont les victimes privilégié-e-s des petits chefs… Elles/Ils ont
tôt tâté de la flexibilité. Il faut bien profiter au mieux des 20h des CAE ou des 26 h des
Contrats d’Avenir payés au SMIC horaire ! Cette exploitation se fait souvent au mépris
de la législation du travail puisque ces personnels sont souvent embauché-e-s sur des
postes "liés à l’activité normale et permanente" (art 121-1 du Code du Travail)
Évidemment, la précarité du travail entraîne une précarité du quotidien : peur du lendemain
liée au renouvellement du contrat, stress lié à la surexploitation, difficultés de logement,
de transport… Rajoutons que l’accès aux services médicaux, sociaux est de plus en plus
problématique, quels que puissent être les engagements du plan Borloo de 2005 ou du
récent RSA (Revenu Social d’Activité) de l’abbé Hirsch.

Les précaires, salarié-e-s à jeter après usage ?

On l’a vu hier avec les contractuel-le-s, les emplois jeunes… on le voit aujourd’hui avec
les contrats Borloo (CAE, CA) : dès qu’un contrat encore plus précaire pointe son nez,
l’État-patron se débarrasse de salarié-e-s qu’il a pressuré-e-s sans vergogne pour profiter
de l’aubaine. Où sont la "réinsertion sociale" et la "résorbtion de la précarité" clamées
haut et fort par les pouvoirs publics ? Ces personnes sont toujours renvoyées dans la
spirale du chômage en attendant de nouvelles formes de précarité.

L’École : une entreprise de formation des précaires ?

Non seulement, l’École recourt à la précarité, mais elle fournit et forme aussi des contingents
de précaires ou de futur-e-s précaires. Fillon, lorsqu’il était ministre de l’éducation,
s’était ainsi engagé à augmenter le nombre de contrats d’apprentissage pour les élèves en
difficulté au collège dans la droite ligne du plan Borloo (500 000 contrats d’apprentissage
par an). Or, l’apprentissage est souvent un moyen pour le patronat de recruter une
main d’oeuvre docile et sous payée et il n’offre aucune qualification pour l’avenir. De
même, à la suite du rapport Thélot, les élèves se destinant à la voie professionnelle sont
évaluées selon des "compétences". Ces dernières, sont devenues une arme au service du
patronat pour évacuer diplômes et qualifications, reconnues par les conventions collectives
et ayant, de ce fait, une incidence sur le salaire. Bref, c’est un travail de sape contre les
conventions collectives qui permettent d’apporter encore une petite protection aux salarié-
es. Les intérêts de l’entreprise sont d’ailleurs largement défendus puisqu’on invite de
plus en plus le patronat dans l’École.


Précaire : l’avenir du salariat ?

De plus en plus les salarié-es précaires sont mis en concurrence avec les titulaires. A tel
point d’ailleurs que l’État a remplacé le plan (insuffisant) de titularisation des précaires
(loi Sapin) par la création d’un CDI de la fonction publique. Cette solution est certes
"moins pire" que d’avoir des CDD ad vitam aeternam, il n’empêche que c’est normaliser
un peu plus dans la fonction publique les statuts précaires.
D’ailleurs, cette solution écarte celles et ceux qui sont embauchés sur des contrats aidés.
Ces mêmes contrats dont l’objectif annoncé est l’aide au retour à l’emploi pour les
chomeurs/ses de longue durée, ne sont, au final qu’une forme aggravée de l’exploitation
salariale. Ainsi derrière le RSA qui est sensé au moins maintenir le niveau de vie des
RMIstes et autres bénéficiaires des minima sociaux, se faufile l’idéologie très chrétienne
(et capitalo-compatible) du travailler coûte que coûte, et ce, quel que soit le salaire.
N’est-ce pas l’avenir radieux des actionnaires et du patronat, transformer les salarié-es
en pénitent flexible et gratuit du saint Travail ?

Aux côtés des précaires, contre la précarité !

Nous n’acceptons évidemment pas ces évolutions qui nous ramènent au bon vieux
temps du capitalisme du XIXème siècle. Contre la généralisation du précariat, SUD éducation
exige la titularisation et la réembauche de tou-tes les précaires sans condition de
concours, de stages ou de nationalité. Cependant, conscient que le quotidien des précaires
est inacceptable et que pour obtenir les créations de postes nécessaires pour lesquelles
nous nous battons il faut établir un autre rapport de force, SUD éducation se bat, aux
côtés des précaires, pour obtenir toutes les améliorations possibles de leur sort ainsi que
l’accès aux prestations, droits, etc. qu’on a trop tendance à leur refuser en dépit de la
législation du travail. C’est pour mener ce travail concret que la Fédération SUD éducation
a décidé de sortir cette brochure, tout en montrant, par quelques exemples, que la lutte,
et elle seule, peut payer y compris dans le cas des travailleurs/ses précaires.