Voyage au pays de l’école libérale : Evaluation par les compétences, socle commun, ENT, LPC

lundi 1er juillet 2013
par  SUD Education 92

SUD éducation a organisé un stage syndical dont l’intervenant était Nico Hirtt
 : petit compte-rendu du stage

Nico Hirtt a d’abord cherché à démontrer à travers une rapide histoire des systèmes scolaires,
l’instrumentalisation des pouvoirs politiques et
économiques de l’école
 : par exemple à la fin du
XIXème siècle, il s’agit d’asseoir les institutions
de la république mais aussi de discipliner les ou-
vriers (les bourses du travail, à l’époque, scolarisaient les enfants des classes populaires) et de
préparer la prochaine guerre. Si, entre les deux
guerres, on assiste à une véritable démocratisation
de l’école, il s’agit aussi d’assurer au milieu économique la main-d’œuvre spécialisée qu’il réclame. Après la seconde guerre mondiale, on constate une massification de l’école à la fois à la demande du patronat et du
monde politique : en réalité, l’école cesse de se démocratiser, comme l’a
démontré Pierre Bourdieu.

A partir des années 1980,
le contexte de crises successives du capitalisme
traduit à la fois des surcapacités de production, et
donc des excédents de
capitaux : d’où la compétition exacerbée entre les
firmes et les peuples. De
la contradiction entre ces
deux éléments (nécessité
d’une part de rechercher
de nouveaux secteurs à
investir, de considérer l’éducation comme vecteur de croissance de marché et d’autre part la nécessaire adaptation de la main-d’œuvre aux besoins du marché du travail), naît un constat idéologique : l’éducation doit être mise en concurrence, le système doit constamment évaluer les élèves, par des (micro) compétences afin de mesurer
l’employabilité des individus. L’enseignement
doit coûter moins cher et être plus performant...

De fait, depuis trente ans, on assiste à une marchandisation de l’éducation, voire à une privatisa-
tion de certaines activités éducatives (service de
restauration, TICE, remplacements d’enseignants
(Angleterre, Allemagne les remplacements sont
gérés par des sociétés privées.), gestion d’établissement privée aux Etats-Unis ou soutien scolaire
en France
 ! (championne du monde avec la Corée...). Dans le même temps, dans l’enseignement
supérieur, depuis 1998 et le processus de Bologne
décidé par les ministres européens, on assiste à la
mise en place d’un grand marché planétaire des
universités basé sur des certifications modulaires
(et donc la fin des programmes nationaux...), une
uniformisation des cursus (LMD) avec un contrôle
de qualité « 
internationale »... Il
existe désormais dans certains pays
en voie de développement, des uni-
versités « 
franchisées
 » par de grandes universités internationales, où
l’enseignement est médiocre et déplorable mais où le diplôme sera va-
lidé par une université prestigieuse... Dans le même temps, l’enseignement doit soutenir les marchés,
par exemple celui des TICE.

Enfin, depuis le sommet européen de
Lisbonne en 2000, il s’agit d’instrumentaliser le système éducatif pour
qu’il puisse répondre au besoin de
main-d’œuvre du marché du travail.

En effet, depuis les années 1990, on
assiste à une croissance importante
d’emplois non qualifiés (ex
 : employé de bureau,
serveur dans un fast-food) au détriment d’emplois
qualifiés. Selon Nico Hirtt, on assiste à une polarisation du marché du travail. Conséquences pour
les systèmes éducatifs : « 
ils ne peuvent être
conçus comme si tous les élèves devaient aller
loin
 » (OCDE-2001). Non seulement, le marché
de l’emploi recrute des emplois faiblement qualifiés (maximum 48 h de formation à l’issue de
l’enseignement obligatoire) mais les salariés for-
més doivent être polyvalents et aptes à exercer un

certain nombre de tâches qui pourront être validées
par des compétences... les savoirs deviennent obsolètes et seule compte la nécessaire flexibilité de l’individu sur qui repose sa formation (tout au long de la
vie...).

Dans ce contexte, les systèmes éducatifs doivent se
contenter d’enseigner les compétences de base
(l’actuel socle commun est un copié collé des exigences de la commission européenne
 : culture mathématique, esprit d’entreprise, apprendre à apprendre...).

Au même moment se mettent en place des systèmes
d’évaluation (PISA), de la compétition entre les établissements et plus d’autonomie... L’OCDE annonce
dans le même temps le déclin de la figure des enseignants.

L’approche par les compétences (APC)
Il ne s’agit pas ici de confondre
l’approche par les compétences
pédagogiques définies dans la
pédagogie constructiviste (école
nouvelle, Freinet...), l’APC est
bien plus qu’une pédagogie
 :
elle doit répondre à un vrai problème, dans un contexte de
« 
complexité innovante
 », il
s’agit de « 
savoir mobiliser
 » ,
l’élève doit être en activité, et
axé sur un résultat à obtenir
avec une omniprésence de l’évaluation (pour savoir si l’élève
a obtenu le résultat).

Nico Hirtt critique cette approche. En effet, elle nie la place
des savoirs ; cette pédagogie est
soumise à une pression constante de l’évaluation et conduit à un formatage pédagogique. Les finalités sont également douteuses car il
s’agit de mobiliser des savoirs « 
dans les situation de
la vie
 » ce qui conduit à l’appauvrissement des sa-
voirs. Pour lui, c’est une doctrine pédagogique qui a
pour objectif de satisfaire les compétences de base
(exemple
 : le socle commun en France). La banque
mondiale corrobore cette idée et écrit que « 
le rôle de
l’école n’est plus de transmettre des savoirs
 ».

Certains pays, précurseurs dans la mise en place de
cette pédagogie par compétences (Belgique, Québec...) reviennent en arrière.

Evaluation des systèmes éducatifs

Nico Hirtt a décortiqué ensuite les enquêtes PIA, initiées par l’OCDE : elles permettent de
comparer les différents pays en évaluant les élèves sur les compétences de base (15 ans). La
Finlande est régulièrement citée en exemple, tant
au niveau des résultats des élèves qu’au niveau
de l’égalité du système, la France se situant à un
niveau intermédiaire.

Il apparaît que les systèmes les plus performants sont ceux qui proposent une mixité sociale importante (carte scolaire), et où le tronc commun est long. Une liberté
pédagogique accrue est également un « 
gage de
performance
 ».

La France est par ailleurs pénalisée en raison de l’existence des
écoles privées qui n’assurent pas
de mixité sociale...

Projet STAR

Nico Hirtt est revenu sur cette
enquête réalisée aux Etats-Unis
qui valide la pertinence de travailler en groupe réduit.

L’étude
montre une réussite des élèves
beaucoup plus importante lorsque
la scolarité s’est effectuée en
classe avec des effectifs réduits.

Pour plus d’info :

http://www.skolo.org/spip.php?
article89

http://www.skolo.org/spip.php?article1099

(site Internet de l’école démocratique)