Décentralisation : le mythe de la proximité au service du capitalisme

dimanche 2 juin 2013
par  SUD Education 92

Les lieux communs ont souvent la vie
dure et ceux qui ont trait à la décentralisation
n’y font pas exception. Ainsi depuis
longtemps une lecture bourgeoise
de l’histoire de France a consisté à mettre
en scène de braves girondins favorables
au pouvoir local versus des
jacobins coupeurs de têtes et farouches
centralisateurs. De nos jours ce sont les
médias qui relaient ces caricatures avec
emphase et sans équivoque. La décentralisation
serait une vertu, un remède
à tous nos maux et pourtant à y regarder
de plus près l’antidote pourrait laisser
un arrière-goût amer.

En effet
l’histoire récente nous montre à quel
point ce processus a été efficace dès lors
qu’il a fallu démanteler l’état et les services
publics.

C’est en s’appuyant sur ce
principe que Thatcher et Reagan vont
lancer leur politique ultra-libérale des
années 80, désengageant les pouvoirs
publics de nombres de collectivités locales.

Ces entités, privées de fonds, ont
dû ou bien mettre la clé sous la porte
ou bien faire appel à des créanciers privés
qui ont tôt fait de mettre la main sur
des pans entiers de l’économie autrefois
dans le giron de l’État. L’exemple
du rail anglais ou des écoles privées
américaines en est une illustration avec
le triste constat que les profits à tirer de
ces activités sont rarement en adéquation
avec l’intérêt des travailleurs et des
usagers de tous ces secteurs ainsi livrés
aux marchés. La France n’est pas restée
à l’écart de ce phénomène qui a commencé
dès 1982-83 sous l’impulsion
de Gaston Deferre alors ministre l’intérieur
de François Mitterrand. L’Éducation
n’est pas non plus protégée de ces
attaques.

Ainsi le mouvement social de
2003 ouvert sur deux fronts, celui des
retraites et celui de la décentralisation,
s’est-il conclut par le transfert des
90 000 personnels ouvriers des collèges
et lycées aux régions ou aux départements.
L’agressivité du gouvernement
Raffarin clairement affidé à l’ultra-libéralisme
a eu raison de la mobilisation et
du manque de clairvoyance de certaines
organisations syndicales.

L’État, les collectivités
et les syndicats présents dans
ce champ professionnel ont fait miroiter
des primes qui ont fait long feu ou
qui se sont retournées contre les personnels.
Par ailleurs les conditions de
travail se sont fortement dégradées :
plus d’équipes mobiles de remplacements,
des personnels d’accueil obligés
d’assurer le service de restauration
quand celui-ci, trop coûteux, n’a pas été
liquidé et remplacé par une officine privée
.

Et que dire encore de l’emploi
massif de travailleurs précaires. Nous
avons donc toutes les craintes à nourrir
quand les gouvernements de tous
bords avec la complicité de certains syndicats
veulent livrer le service d’orientation
au pouvoir local. Ces mêmes
craintes sont fondées quand se mettent
en place les Projets éducatifs territoriaux
en corollaire de la réforme des
rythmes scolaires dans le premier degré.

En effet les collectivités locales sont exsangues
comme en témoigne la banqueroute
de certaines maisons
départementales du handicap.

Alors
faire croire que toutes ces réformes visent
au bien être de la population et
avant même celui des travailleurs est
une pure escroquerie.