Lettre au ministre pour demander un moratoire sur les nouvelles épreuves de langues vivantes pour la session 2013 du baccalauréat.

vendredi 26 octobre 2012
par  SUD Education 92

A l’attention de Monsieur le Ministre de l’Education Nationale ;
de Madame la Ministre déléguée à la réussite éducative ;
de Monsieur le Recteur de l’académie de Versailles ;
de Monsieur l’Inspecteur d’académie des Hauts de Seine ;
de Mesdames et Messieurs les IPR de Langues Vivantes de l’académie de Versailles

S/C de Monsieur le Chef d’établissement

Nanterre, le 15 octobre 2012

Objet : demande de moratoire sur les nouvelles épreuves de langues vivantes pour la session 2013 du baccalauréat.

Mesdames, Messieurs,

Après lecture attentive du B.O. n° 43 du 24 novembre 2011 et suite à la réunion d’information des IA-IPR de Langues Vivantes, lundi 24 septembre 2012 au Lycée Auguste Renoir à Asnières, nous, signataires, professeurs de langues vivantes au lycée Joliot-Curie réunis ce jour en assemblée inter-langues, souhaitons vous exprimer nos inquiétudes concernant la mise en place du nouveau dispositif et apporter quelques remarques constructives sur l’ensemble de ces modalités.

Nous nous félicitons du fait que la réforme présentée permette aux enseignants d’évaluer les candidats dans les 5 compétences, mais soucieux de ne pas compromettre les principes d’équité et d’anonymat qui régissent l’épreuve du Baccalauréat et auxquels nous sommes très attachés, nous ne souhaitons pas participer au processus d’évaluation tel qu’il nous est présenté pour diverses raisons :

nous ne tenons pas à corriger les copies de nos propres élèves, ce qui reviendrait à être « juge et partie » dans le processus d’évaluation du bac ;
nous ne voulons pas être exposés aux pressions de tous ordres (élèves, parents, administration, autres collègues, …) ;

nous ne disposons pas d’annales 0 (en Compréhension et Expression Ecrites), ni de « modèles » audios (pour la Compréhension orale) sur lesquels fonder notre programmation pour pouvoir préparer nos élèves dans les meilleures conditions ;

nous serons en charge de concevoir les sujets, d’organiser l’épreuve avec l’administration de l’établissement et d’évaluer nos propres élèves ;
ces tâches ne font l’objet d’aucune rémunération supplémentaire alors qu’elles représentent une surcharge de travail importante ;

En ce qui concerne l’épreuve de Compréhension orale,
cette épreuve introduirait de fortes disparités entre lycées puisque chaque enseignant de langue est amené à choisir lui-même le document audio qu’il donnera ensuite aux candidats le jour de l’épreuve ;
ces documents doivent répondre à une longue série de critères très précis, ce qui rend la tâche très ardue (ils ont même été qualifiés à plusieurs reprises de « perles rares ») ;

ces sujets ne seront ni validés ni testés par nos supérieurs hiérarchiques disciplinaires ou administratifs comme il est d’usage pour les autres épreuves ;

en multipliant les sujets de bac, les risques de recours administratifs et de contestations augmentent ;

évaluer la CO d’un document sonore à partir d’un compte-rendu ouvre la porte à l’arbitraire ;

les moyens techniques et les conditions d’écoute ne sont pas toujours réunis pour la réalisation de ce type d’épreuve dans les établissements pour l’ensemble des langues ;

En ce qui concerne l’épreuve d’expression orale, le dispositif envisagé pour la série L présente plusieurs avancées qui vont dans le sens d’une évaluation plus équitable et impartiale. Il est par conséquent regrettable que ces mesures ne soient pas élargies à l’ensemble des filières.
L’épreuve terminale d’expression orale est garante de l’anonymat des élèves contrairement à l’évaluation en cours de formation ;

l’organisation de cette épreuve en série L reste de la responsabilité du service des examens et non du lycée ;

l’élève de série L fonde sa présentation orale sur un des documents étudiés pendant l’année et proposés par l’examinateur alors que les candidats des autres séries ne peuvent s’appuyer sur aucune liste de documents ;

en série L, le temps consacré à l’épreuve orale est juste et équilibré : la prise de parole en continu n’excède pas 10 minutes et sert d’amorce à une conversation conduite par l’examinateur, qui prend notamment appui sur l’exposé du candidat. Cette phase d’interaction n’excède pas 10 minutes.
En revanche, pour toutes les autres séries, une durée de 5 minutes de prise de parole en continu suivie de 5 minutes consacrées à la phase d’interaction, tel que le prévoient les nouvelles modalités, est très insuffisante au regard de ce qui exigé encore en BEP, Brevet Professionnel ;

le temps imparti est identique à l’ancienne épreuve orale de STG (5’ + 5’) alors que les candidats présentaient un document inconnu ; il est évident qu’il convient d’exiger un laps de temps de présentation et d’interaction plus important pour des documents qui ont été étudiés en classe pendant l’année ;

Aussi, vue l’imminence des épreuves et en raison de la précipitation avec laquelle cette réforme a été entreprise sans concertation avec les enseignants, nous demandons solennellement, avec les nombreuses organisations qui se sont prononcées en ce sens, un moratoire sur l’ensemble de ces nouvelles modalités d’épreuves dans l’attente de modifications permettant d’évaluer les 5 compétences dans des conditions satisfaisantes notamment respectueuses des principes d’équité, de concertation, du caractère national du baccalauréat, d’anonymat des candidats, d’une juste rémunération pour tout travail supplémentaire.
Nous souhaitons obtenir une réponse favorable à cette demande de moratoire dans des délais relativement brefs, au plus tard à la mi-novembre, faute de quoi nous nous prononcerons collectivement et individuellement sur un refus de faire passer ces épreuves.

Veuillez croire, Mesdames, Messieurs, en notre attachement au service public d’éducation.