Austérité

mardi 7 février 2012
par  SUD Education 92

La baisse de 22% du salaire minimum en Grèce ramené à 586 euros brut sur 14 mois (la baisse est de 32% pour les moins de 25 ans), la suppression de 15 000 postes de fonctionnaires et des coupes dans les retraites, sont les mesures du nouveau plan d’austérité infligé par l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le FMI qui méritent d’être relevées. L’actuel gouvernement grec dit d’union nationale regroupe les partis sérieux – l’extrême-droite s’en est retiré, l’extrême-gauche n’y était pas invitée – ceux qui ont vocation à gouverner. La Grèce n’est-elle pas un modèle ?

On sait les “raisons” de l’austérité. Les Grecs auraient vécu au-dessus de leurs moyens – comme nous. Ils ont emprunté à des banques pour couvrir un déficit public – comme nous. Ils doivent payer – nous devrons payer. Nos propres gouvernants veillent au respect par le gouvernement grec de ses engagements. Nul doute que demain ils veilleront à faire eux-mêmes ce qu’ils ont fait faire à autrui. Le parlement grec a eu le choix entre voter l’austérité ou voter l’austérité. Bref, il n’y a qu’une politique sérieuse.

Ce qui arrive aux Grecs ne nous est pas étranger. Depuis dix ans, des centaines de milliers de postes de fonctionnaires (près de 160 000 dans l’Éducation nationale depuis l’an 2000) ont été supprimés. Depuis deux ans le gel du point d’indice, couplé à l’inflation, nous fait perdre officiellement 1,5% à 2% de notre pouvoir d’achat chaque année. Cette baisse vient après celle du pouvoir d’achat due à des augmentations du point d’indice inférieures à l’inflation officielle depuis de nombreuses années. Enfin, l’augmentation du taux de cotisations pour la retraite diminue notre pouvoir d’achat. On se souvient du Contrat Première Embauche que la rue avait réussi à rejeter. On se souvient du passage à la retraite à 62 ans conjugué à une augmentation de la durée de cotisation.

Après la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie… la France ?

Comme le péché originel, la dette est cette faute commise par tous à l’origine. Car, jusqu’à preuve du contraire, aucun Grec au salaire minimum n’a, de son fait, contracté quelque dette que ce soit avec les banques qui réclament le remboursement. La dégradation par les agences de notation de l’État grec qui le conduit à emprunter à des taux de plus en plus élevés n’est pas non plus le fait des fonctionnaires qui vont se retrouver sans emploi, voués à la pauvreté, à l’absence de soins médicaux, voire à la disette qui gagne une grande partie de la population.

Qui dit austérité, dit décroissance. Non pas celle imaginée par certains comme solution aux problèmes écologiques, décroissance voulue et organisée qui implique de déterminer quelles sont les dépenses nécessaires et quelles sont les dépenses superflues. Non, la décroissance que vont subir les Grecs a un vieux nom : misère.

La Grèce n’était pas un pays riche. L’Union européenne prépare dans le pays où Europe s’était réfugiée en fuyant Zeus, l’instauration d’un Tiers-monde avec une main d’œuvre à bas coût.

Moins de postes de fonctionnaires veut dire moins de services publics. Par conséquent, les services – éducation, santé, sécurité, etc. – devront être assurés par le privé. Dans les deux cas, il faut payer. Mais alors que lorsque le service est public, l’impôt, voire l’impôt progressif assure pour tous un service équivalent, lorsqu’il est privé, il est soumis à la loi de l’offre et de la demande. Dans le premier cas, le service public ne vise pas à faire du profit. C’est pour cela qu’il ne coûte pas mais rapporte à tous toujours plus que l’investissement de départ. Dans le second, le service privé rapporte au petit nombre ce que paie le grand nombre. Les pauvres et les classes moyennes s’appauvrissant voient donc leur possibilité d’accéder aux services diminuer. Les classes supérieures s’appauvrissent d’une vie réduite à la vanité d’avoir plus que les autres.

Un salaire minimum diminué veut dire une baisse de tous les salaires. Et là, la logique de l’austérité éclate. En quoi le salaire est-il impliqué dans la dette ? En quoi gagner moins pour les salariés grecs a-t-il à voir avec le déficit public ?

En réalité, la dette est le mécanisme pour imposer l’ordre néolibéral : privatisation de tout pour tous, concurrence de tous pour tout. La jungle de béton comme modèle de la civilisation supérieure.

Les Grecs appauvris continuent à lutter, pour eux, mais aussi pour tous les Européens. Ils nous rappellent à cette exigence : seule la lutte a permis et donc permettra un réel progrès de la civilisation.