Nous ne voulons pas des livrets de compétences !

jeudi 7 avril 2011
par  SUD Education 92

La philosophie du socle commun

Le socle commun participe d’abord d’une volonté d’intégration, de formatage des élèves dans une culture commune. Or, la culture commune entre les enfants de toutes les classes sociales n’existe pas, la seule culture commune qui puisse exister entre les enfants d’ouvriers et de capitalistes, c’est la lutte. Il s’agit donc d’imposer la culture dominante qui est celle de la classe dominante.

Le socle se caractérise par une réduction des contenus et des ambitions, une sorte de seuil minimal, le plus vague possible, à mettre en relation avec l’enquête de l’OCDE de 2005 (année de la création du socle), indiquant que les pays membres avaient essentiellement besoin d’emplois peu ou pas qualifiés.


La réalité des "compétences" du livret

Dans le livret de compétence la plupart des concepts présentés comme des compétences sont tellement vagues qu’ils ne sont pas évaluables. Ce livret ne permet absolument pas d’en savoir plus sur les démarches des enfants, de voir ce qui pourrait être à travailler, à affiner.

Valider une conception de la lecture au service des possédants

Beaucoup de compétences du ministère sont en réalité des moyens de vérifier que l’on a bien entrainé les enseignants dans la voie de la seule transmission des savoirs permise par la bourgeoisie. L’exemple le plus flagrant est celui de la lecture. L’acte de lire y est conçu non comme l’acte de comprendre un écrit, mais comme celui de transcrire de l’écrit en oral. Lire est donc assimilé à déchiffrer, ce qui empêche toute perception du sens des écrits, encore moins de l’implicite du texte, un acte fastidieux donc, dont les élèves se détournent, ce qui est le but recherché. Sans parler du fait que le lecteur expert a beaucoup moins de chance de se faire avoir par un texte que le lecteur faible ou moyen parce qu’il en trouve l’implicite.

Le livret comme outil de formatage et d’intégration au système

Enfin, il faut évoquer le mode de codage choisi par le ministère. Il s’agit de savoir si telle ou telle pseudo-compétence est acquise. On peut détailler la démarche avec cet extrait amusant de la note de service de l’IEN de la 3ème circonscription concernant le livret aux familles :
« Le groupe de travail a décidé de laisser à chaque école la possibilité de définir le codage qu’elle souhaite adopter. En tout état de cause, seuls trois codages peuvent être retenus : — ou bien l’élève sait ou sait faire régulièrement — ou bien il sait de manière incomplète ou ne sait pas faire régulièrement — ou bien il ne sait pas ou ne sait pas faire. »
C’est le fameux codage à l’américaine : acquis, non acquis, en cours d’acquisition. Comme tous les pédagogues progressistes l’on déjà fait, j’affirme qu’il s’agit là d’une totale aberration pédagogique. Cette conception est en total décalage avec la réalité, car le cerveau humain ne fonctionne pas ainsi. Il est fait de telle manière que nous sommes perpétuellement en cours d’acquisition. Comme l’a écrit Aragon : « Rien n’est jamais acquis à l’Homme. » Non ! Ni les enfants ni les adultes n’empilent des connaissances comme les cubes d’un jeu de construction ! Nous n’avons pas dans notre cerveau de compartiments étanches que l’on remplirait les uns après les autres, de manière totalement distincte. En réalité, toute la démarche est implicitement contenue dans cette idée qu’il existerait une apogée au cours de laquelle un être humain aurait définitivement acquis un savoir ou un savoir-faire. Cela implique donc l’idée que l’Homme pourrait ainsi fermer une case et passer à une autre. En corollaire, nous trouvons l’idée qu’il faut toujours commencer par le plus simple pour aller vers le plus compliqué. C’est à la fois une négation totale de la réalité des apprentissages, découlant du procédé par imprégnation ; mais une volonté idéologique d’asservissement. Aucun cerveau humain n’est statique, aucun n’attend d’avoir assimilé a pour passer à b. Chaque apprenant est en réalité un autodidacte, qui procède à sa manière, et, quelque frustrant que ce soit pour l’énorme majorité des enseignants, nous ne transmettons rien. Le concept « du plus simple au plus compliqué » ne peut effectivement convenir qu’à la fameuse transmission des savoirs forcément limitée à ceux que la bourgeoisie décide de laisser filer dans l’ordre où elle le décide.
Cette conception du codage a donc un seul et unique but de conforter ceux qui dirigent l’institution et de faire en sorte que les enseignants la perçoivent comme une machine, certes qui dysfonctionne parfois, mais qui est fondamentalement juste et surtout pas comme l’ennemi à abattre.

Le retour du livret ouvrier

Les examens comme le brevet, baccalauréat etc. sont des instruments de reproduction sociales grâce auxquels la bourgeoisie peut attribuer une place à chacun dans le cadre d’une division du travail qui permet l’exploitation des salariés par les capitalistes. A ce titre ils doivent être critiqués. Les travailleurs ont gagné grâce à leur lutte des garanties collectives à quoi correspondent des diplômes nationaux. La bourgeoisie veut casser ces acquis en individualisant le rapport patrons-salariés. Elle fait semblant de nier les rapports de classe pour faire croire que quand un employeur et un employé signent un contrat ils le font entre deux individus libres, en niant les intérêts qui divergent. A un diplôme correspond une convention collective qui est la résultante d’un rapport de force entre patrons et salariés. C’est le résultat des luttes des classes populaire, de son sang et de ses larmes. C’est ça qui gêne le capital. Le livret de compétences qui tend à s’étendre va permettre au patron de faire en sorte d’avoir de la main d’œuvre « employable » sans en payer les frais. C’est le renforcement de la possibilité d’avoir de la main d’œuvre peu qualifiée à bas prix dans le capitalisme de crise que nous connaissons. C’est le retour du livret ouvrier et de l’exploitation la plus sauvage à laquelle il est associé. Se battre de manière conséquente contre lui ce n’est pas demander le retour aux examens mais c’est dans la tradition du mouvement ouvrier combattif construire une école émancipatrice et coopérative en faveur d’une société de justice et de liberté.

Non aux livrets de compétences !

Pour une école émancipatrice dans une société solidaire !


SUD Education Gennevilliers / Villeneuve-la-Garenne, CGT Educ’action Gennevilliers


Documents joints

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