PREMIER DEGRÉ ET REVOILÀ L’EPEP ... REBAPTISÉ E2P !

Analyse des rapports Reiss et Attali
vendredi 3 décembre 2010
par  SUD Education 92

Jacques Attali et Frédérick Reiss viennent dans deux
rapports distincts de remettre sur le devant de la scène la
future organisation de l’école primaire et le statut du directeur
d’école.

L’un comme l’autre fondent leurs propositions sur des
données numériques très négatives, affirmant tous deux
que près d’un élève sur deux quitte l’école primaire sans
avoir acquis les capacités en lecture et calcul permettant
d’accéder à l’autonomie. Jacques Attali dénonce une régression
du niveau d’éducation en primaire dont les causes
seraient la mauvaise gestion des ressources humaines, l’insuffisance
du pilotage des « établissements », le retard
dans l’utilisation des technologies de l’information
et la non reconnaissance de
« l’effet maître ». Frédéric Reiss partage
cette vision quand il définit la problématique
de son rapport : le plafonnement de
la performance des élèves. S’appuyant
sur une étude de la Depp, il va même
jusqu’à « supputer une dégradation des
performances ». Là encore les causes seraient
les mêmes : pilotage à optimiser,
mise en oeuvre tardive du socle commun...

En accord sur le constat, tous deux ne
peuvent que se retrouver sur les propositions.
L’essentiel s’articule autour de la volonté de créer
des établissements autonomes dans le premier degré et
de les doter de directeurs aux statuts et aux prérogatives
élargis. Toutefois Frédérick Reiss développe plus que Jacques
Attali la question de la réorganisation. L’ensemble des
dispositifs censés mettre en orbite l’école du XXIème siècle
est bien entendu ancré dans une logique de restructuration
du premier degré. L’accent est mis sur le nécessaire
regroupement des écoles, dissimulé derrière de nobles
intentions : la pédagogie, l’amélioration des résultats, la
résorption des difficultés scolaires ; mais le vernis ne résiste
pas.

Toujours la même antienne : optimiser
les moyens de fonctionnement que l’existence
de petites structures met en péril, agir sur la flexibilité des personnels « deux pistes au moins permettant
une avancée dans la gestion des personnels
de l’Éducation nationale pourraient
être envisagées dans le cas des RS : le fait
que les enseignants soient nommés, non
plus dans une des écoles du regroupement,
mais dans le regroupement lui-même, ainsi
que la présence d’un seul directeur par regroupement.
 » « En tout état de cause, des
moyens permettant de faciliter la mutualisation
des dépenses au profit des regroupements
scolaires doivent être envisagés ».

Les EPEP sont clairement relancés, avec cette fois toute
une palette de précautions visant à s’éviter la colère des
maires de communes menacées par de tels regroupements.
Les collectivités sont des partenaires, etc … Il faut
dire qu’à force d’être étranglées financièrement, les collectivités
locales vont finir par se rallier aux arguments des
super-manager de l’éducation.

Ce qui retient cependant l’attention,
c’est avant tout la cohérence de ce projet
avec d’autres mesures phares mises en
place ou en passe de l’être. A l’instar du
dispositif CLAIR désormais effectif au
collège, l’existence d’établissements autonomes
dans le premier degré pourrait
permettre au directeur de procéder au
recrutement des personnels EVS ou AVS
et d’établir des contrats avec les collectivités
territoriales ou bien des partenaires
privés - car dans de telles entités il y a
évidemment continuité du scolaire, du
périscolaire et du parascolaire. Une
jolie petite entreprise où le directeur pourrait aussi s’offrir
le luxe de choisir son staff en fonction de son profil ou de
leur...PROJET, étonnant,
non ???.

Que ceux qui attendent que l’alternance
politique dissipe l’orage prennent garde, car dans ce rapport
on retrouve au passage les propos de M. Migaud président de la cour des comptes qui affirme que « La
solution aux difficultés du système scolaire ne se trouve
pas (…) dans un accroissement des moyens financiers et
humains qui lui sont consacrés. »

Toutes les bonnes raisons
de ne pas accepter les orientations prises par le ministère
de l’éducation nationale à travers ses réformes se retrouvent condensées dans ce pensum : renforcement de la
hiérarchie, mise en concurrence des établissements et des
personnels, liquidations des petites écoles. Il n’appartient
qu’à nous au quotidien de le faire sentir et de nous battre
pour faire reculer cette volonté de transformer un service
public en entreprise.

L’itération de certains termes donne une idée de la
façon dont est envisagée l’école du XXI ème siècle. A vous
de juger mais, pour nous, ça ressemble plutôt à la World
Company version « agent Orange »… Largement en tête,
on retrouve le mot « projet, projets » avec 125 occurrences
en 196 pages. Suivent
« Evaluations » ou « évaluer » 82 fois, « contrat, contrats »
72, « performance » 45, « pilotage, piloter » 38,
« obligations »27, « chef, chefs »26, « Coûts » 26, « leader
ou leadership » 22, « efficacité » 16, « Gouvernance » 11.
En revanche « pédagogie » apparait 1 fois, « apprendre »
2 fois et « collectif » 12 fois (et encore… il est souvent accolé
à « projet »). On n’est quand même pas là pour parler
de ça, dans l’Education nationale !


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