Quelle école voulons nous ?


L’école actuelle est certes le produit et le reflet de la
société dans laquelle nous sommes, mais elle a
aussi son histoire propre, en tant que lieu
institutionnel et en tant qu’espace social. Elle est
donc soumise à des contradictions qui sont pour
certaines partagées par l’ensemble de la société et
pour d’autres spécifiques. Les contradictions du
système capitaliste ont permis le succès des luttes
menant à l’adoption de revendications politiques et
syndicales progressistes, dont le droit à l’éducation
pour tous. Dans les circonstances actuelles, ce droit
à l’éducation pour tous et toutes est violemment
remis en cause, au nom d’une idéologie qui prône
un retour à des valeurs élitistes et défend des
objectifs de rentabilité immédiate.

A la question « quelle école voulons-nous » ?
nous répondons donc : une école pour tous et
pour toutes, qui soit à la fois éducatrice et
émancipatrice, ouverte et coopérative, et
structurellement repensée.

Cette conception implique la poursuite de débats et
interrogations : parler des missions de l’école, c’est
parler des statuts et des activités de l’ensemble
constitué par les personnels, les élèves, les parents
et les différents acteurs de l’institution ; parler du
contexte éducatif que nous souhaitons, des idées
que nous défendons prioritairement par rapport aux
transmissions du savoir et aux acquisitions de
connaissances, de la conception du métier que
nous avons.

Les débats et interrogations doivent s’appuyer sur
les expériences pédagogiques alternatives en
cours. SUD Éducation doit soutenir les expériences
alternatives qui vont dans le sens de l’école que
nous voulons. Notre projet syndical va plus loin et
revendique la généralisation d’un système alternatif
éducatif lié à une transformation sociale. Toute
école alternative ne peut être réalisée dans le cadre
de la précarisation des personnels éducatifs qui, du
point de vue pédagogique ne permet pas de travail
suivi. De plus, une école nécessite des effectifs
réduits tant dans les classes que dans des
établissements à taille humaine.

1/ Une école pour tous et pour toutes :

c’est une école qui refuse la sélection et
la hiérarchisation des savoirs.

L’école que nous voulons est une école pour toutes
et tous qui permet de s’épanouir et prendre en
compte la diversité des élèves. La situation actuelle,
l’école du tri social, où il est demandé à l’élève de
s’adapter à un système complexe est inacceptable :
rythme scolaire imposé, programmes trop normatifs,
cloisonnement des disciplines, exercices très
formalisés, un système de notation stigmatisant, le
tout ponctué par des orientations précoces.

Aujourd’hui l’organisation de l’école est au service
d’une hiérarchie bien établie des filières imposées
(dévalorisation des filières dites professionnelles,
valorisation des grandes écoles) reposant sur des
savoirs et des savoirs faire eux mêmes
hiérarchisés. Il faut donc une école refondée où le
maximum de capacités seront développées, où
l’évaluation sera valorisante et l’orientation plus
tardive et autonome. Cette
école ne peut se limiter à
une relation enseigné-e-s
enseignant-e-s et
nécessite l’intervention
d’autres acteurs pour
répondre aux besoins de
toutes et tous. Une école
pour tous et pour toutes
repose sur la laïcité, c’est-à-
dire, sans
établissements privés,
sans main mises du politique, du religieux et de
l’entreprise sur l’école.

SUD Education est pour la nationalisation de
toutes les écoles privées dans un seul service
public d’éducation.

c’est une école solidaire.

La solidarité implique un statut unique pour les
enseignants et un traitement égalitaire en matière
de salaire pour tous les acteurs professionnels de
l’école. Elle implique aussi le refus de la
concurrence entre établissements et le refus de
l’exclusion (en premier lieu, le maintien, au moyen
de structures spécialisées, des « décrocheurs »
dans le système scolaire).

c’est une école qui offre une formation
polyvalente.

Il doit y avoir diversité des propositions de
formation, afin que les élèves puissent s’ouvrir au
maximum de connaissances et au maximum de
possibilités d’orientation future, y compris dans les spécialités dites manuelles. Dans cette formation,
l’enseignement professionnel, technique et manuel
a toute sa place (autrement dit : on ne peut le
laisser aux entreprises), à condition que les liens
soient forts entre les enseignements généraux et les
enseignements professionnels.

2/ Une école démocratique et émancipatrice :

Les établissements scolaires sont de plus en plus
soumis à une hiérarchisation intense des rapports,
sous couvert de management. La seule réponse
possible est de favoriser au maximum l’existence
d’une véritable communauté éducative. Une telle
volonté implique d’abord l’intégration de la
concertation (associant tous les membres de cette
communauté) dans
les services des
personnels et les
emplois du temps des
élèves, ainsi que des
moments de
rencontre avec les
parents et les
intervenants
extérieurs. En ce qui
concerne
l’émancipation, il
s’agit bien de
développer
l’autonomie des
élèves, leur aptitude à surmonter les contraintes,
leur esprit critique, leur appropriation du savoir, et
finalement de les aider à faire les meilleurs choix
possibles pour eux en fonction de leurs intérêts.
Mais ce développement personnel ne peut se faire
que dans un cadre de sociabilisation intense, en
développant le travail de groupe, la solidarité entre
élèves, les projets créatifs et culturels, c’est à dire le
contraire de l’école utilitaire et individualiste qu’on
nous impose. L’esprit critique n’est en effet pas
dissociable de la culture générale, et il est donc
normal que les acquis culturels soient privilégiés par
rapport à la rentabilité du résultat. En ce sens,
l’interdisciplinaire, avec une formation et des
moyens adéquats, peut-être une piste prolifique.
Par la gratuité, il faut que l’école permette à tous les
élèves (quels qu’ils soient et où qu’ils soient) de
rencontrer des artistes, de fréquenter des lieux d’art,
de participer à des projets de création.
Les échanges linguistiques et culturels doivent être
favorisés. Le lien avec la recherche, actuellement le
plus souvent inexistant doit être assuré, autant en
ce qui concerne les savoirs que les pratiques
pédagogiques.


3/ Une école ouverte et coopérative et
structurellement repensée :

Une école permettant une pédagogie
active.

L’école ne peut plus fonctionner sur le modèle
autoritaire qui apparaît comme le modèle de
référence. Il faut dépasser la transmission
unilatérale du savoir et mettre en place des
méthodes pédagogiques plus actives, ce qui
implique des activités moins formalisées, des
productions plus personnelles et des modes
d’évaluation différents. De même, les méthodes
d’apprentissage doivent permettre l’entraide et le
travail de groupe plutôt que favoriser compétition et
élitisme. La première restructuration de l’école serait
la démocratisation des rapports sociaux qui y sont
instaurés : autogestion des écoles, des collèges et
des lycées par les personnels et les élèves. Une
telle affirmation revient à dire que l’école ne se
définit pas uniquement comme un lieu
d’enseignement, mais aussi comme un lieu de
socialisation.

Extraits du texte Quelle école voulons-nous ? adopté au congrès
de Cherbourg de SUD Education


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