FICHE RETRAITES N°2 : La Question Démographique

jeudi 10 juin 2010
par  SUD Education 92

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« Notre système de retraites par répartition [...] est aujourd’hui menacé sous l’effet du vieillissement de la population. » ( Document d’orientation du gouvernement sur les retraites ; Introduction, §1)

Le gouvernement annonce qu’il présentera son projet de (contre-) réforme des retraites à la mi-juin (en pleine coupe de monde de football et juste avant les vacances, tiens donc...).

Indispensable, incontournable, nécessaire ’réforme’, entendons-nous partout. ’On vit plus longtemps, il est inévitable et, somme toute, normal de travailler plus longtemps’ clament en chœur les responsables politiques et syndicaux ’raisonnables’ complaisamment relayés par les éditorialistes de tout poil.

Nous maintenons que poser le problème en termes démographiques, c’est le biaiser. Si problème des retraites il y a, c’est essentiellement un problème de répartition des richesses (que nous développerons dans la prochaine fiche).

Mais arrêtons-nous tout de même quelques instants sur cette question démographique...

« On vit plus vieux, il est donc juste de travailler plus longtemps... »

Ou vit-on plus vieux aussi parce qu’on travaille moins ?...

L’espérance de vie augmente, c’est vrai (77,5 ans pour les hommes et 84,3 ans pour les femmes en 2008 contre 74,7 et 82,4 respectivement en 1998. ; INSEE bilan démographique 2008).

Mais de quelle espérance de vie parle-t-on ?

Celle à la naissance progresse régulièrement : environ 1 an tous les 4 ans (ou un trimestre par an).

A 60 ans, l’augmentation de l’ espérance de vie n’est déjà plus que d’un an par décennie (soit 0,4 trimestre par an).

Mais qu’en est-il de l’espérance de vie en bonne santé ?

Elle croît également mais dans des proportions bien moindres et pas linéaires pour se situer aujourd’hui à 63, 1 ans pour les hommes et 64,2 pour les femmes2. Ce décalage (avec l’espérance de vie tout court) est notamment dû aux maladies professionnelles et au stress auxquels les salariés payent un tribut de plus en plus lourd.

Reculer l’âge légal de départ à la retraite à 63 ans signifie qu’en moyenne, les français ne pourront plus en profiter dans de bonnes conditions : ils prendront leur retraite pour aussitôt tomber malade !

Ce n’est évidemment qu’une moyenne : certains seront mieux lotis mais, à l’inverse, d’autres moins chanceux n’en bénéficieront jamais ! C’est déjà le cas et cela va encore s’aggraver avec le recul envisagé de l’âge légal de départ.

2010 :
Battons-nous pour nos retraites !

Madame Irma & Mathusalem.

Les calculs catastrophistes qu’on nous assène régulièrement, notamment ceux du C.O.R( Conseil d’Orientation des Retraites composé de parlementaires et de partenaires sociaux dont le récent rapport est utilisé par le gouvernement pour justifier son projet de contre-réforme), sont établis à partir d’hypothèses démographiques, lesquelles reposent sur des projections de tendances passées constatées. Or, ces projections se sont souvent révélées erronées !

Sans remonter jusqu’aux démographes de 1945 qui n’avaient pas prévu le baby boom d’après-guerre et pensaient que la population française allait décliner, on peut citer le Rapport Charpin (Rapport rédigé, à la demande du gouvernement de l’époque, par JM Charpin, un économiste par la suite promu à la tête de l’INSEE) rendu public en 1999 qui tablait sur une population française totale de 66,2 millions d’habitants à l’horizon 2040 alors que les projections de l’INSEE de 2006 (seulement 7 ans plus tard), la situent, à la même échéance, à 69 millions !

A beaucoup plus court terme, les prévisions ne sont guère plus fiables puisque ledit rapport, en 1999, anticipait un solde migratoire net annuel de 50 000 jusqu’en 2040 alors que le niveau moyen des années 2004-2005 (seulement 6 ans après la publication du rapport) a été du double : 100.000 !

Pareillement, le rapport Charpin, toujours lui, annonçait un taux de fécondité à 1,8 enfants par femme pour les 40 années à venir au lieu des 1,9 constatés sur les années 2000-2005 et les 2,02 d’aujourd’hui.!

De même, contredisant ses anciennes projections l’INSEE annonce maintenant que la population active devrait augmenter jusqu’en 2015 puis se stabiliser, loin des hypothèses alarmantes des premiers rapports sur les retraites.

Alors les projections du C.O.R à l’horizon 2050...!


Papy & Baby-Boom !

Les françaises sont les championnes d’Europe de la fécondité : 2,02 enfants par femme (contre 1,4 en Allemagne) en 2008. Il y eut, cette année-là, 834.000 naissances en France, un record depuis 30 ans ! Autant de cotisants potentiels en plus pour nos retraites !

Par conséquent, les comparaisons avec les pays étrangers sont inopérantes ! Même sans cela, il n’y aurait pas de problème des retraites car, encore une fois, c’est une question de répartition des richesses mais prétendre qu’on doive s’aligner sur les autres pays européens comme l’Allemagne (où l’âge de départ est 65 ans) alors que la France est dans une bien meilleure situation sur le plan démographique en général et de la natalité en particulier relève de la manipulation !

Le nombre de retraités va certes croître fortement du fait du papy boom (départ en retraite des générations du baby-boom) jusqu’en 2036 mais pour décliner ensuite.

On l’a vu : Il y a une grande part d’incertitude quant à toutes ces prévisions d’autant qu’aux paramètres purement démographiques (espérance de vie, natalité, solde migratoire), il faut ajouter les évolutions en matière d’emploi. Au regard de l’expérience récente, on peut néanmoins conclure que les prévisions des experts sur les retraites ont été excessivement pessimistes.

Au total, la situation de la France du point de vue démographique est pour l’instant plutôt bonne. Les ajustements nécessaires pour assurer l’équilibre des caisses de retraites ne sauraient en aucun cas justifier la contre-réforme qui s’annonce.

On vit plus vieux donc on peut profiter d’une retraite plus longue.
Cela s’appelle le progrès social !

Depuis au moins 1740, grâce aux gains de productivité, on travaille moins (en nombre d’années mais aussi en durée hebdomadaire) pour gagner _ beaucoup _ plus.

Et ce ne serait, aujourd’hui, plus possible ?!?

La France a bâti son système de protection sociale (donc des retraites) au lendemain de la guerre, dans un pays en ruine. Et aujourd’hui, on ne pourrait plus le faire !!

C’est bel et bien un projet de régression sociale que le gouvernement veut nous imposer.
Mais ce recul n’a rien d’inéluctable.

Les solutions alternatives pour financer les retraites existent !!

(voir prochaine fiche).

De l’argent, il y en a ! Il suffit d’en prélever une partie pour nos retraites.

2010 :
BATTONS-NOUS POUR NOS RETRAITES !