Les conditions de travail tuent, la hiérarchie est complice !

Annonces de Blanquer suite au suicide de Christine Renon
dimanche 6 octobre 2019
par  SUD Education 92

Alors que notre collègue Christine Renon, directrice d’école à Pantin s’est suicidée dans le silence le plus total du ministre....Deux autres suicides nous sont parvenus : Frédéric Boulé (voir notre communiqué) et Laurent Gatié, prof en lycée pro dans le Puy-de-Dôme, qui était selon ses collègues "surchargé", "surmené" et "déconsidéré".

Notre 4 pages "Le travail tue" ici :

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Annonces de Blanquer suite au suicide de Christine Renon : SUD éducation dénonce les manœuvres d’un ministre discrédité

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Suite aux différents suicides ayant eu lieu depuis la rentrée dont celui de Christine Renon, directrice d’école, les personnels qui se sont mobilisés massivement ces dernières semaines ont mis en lumière la responsabilité du ministère et plus largement de l’administration de l’Éducation nationale dans la dégradation de leurs conditions de travail.

Le ministère a été contraint d’admettre la dégradation des conditions de travail des personnels, mais les réponses de l’administration aux revendications des personnels sont très largement en-deçà des enjeux.

Le ministre a été contraint par la mobilisation des personnels d’accepter le principe de diminution du nombre de tâches imposées aux chargé-e-s de direction d’école jusqu’à la fin de l’année scolaire. Le ministère a dû également annoncer qu’une journée de décharge supplémentaire serait attribuée aux personnels jusqu’à la fin de l’année scolaire, sans que les modalités ne soient davantage précisées.

Plutôt que de prendre la mesure du malaise qui traverse l’Éducation nationale, le ministre concentre ses annonces sur les chargé-e-s de direction, alors que c’est l’ensemble des personnels qui est concerné. Au-delà de Christine Renon, ce sont au moins 11 personnels, de l’aveu même du ministère, qui se sont suicidés, de toutes les catégories. C’est traiter par le mépris les revendications de l’ensemble des personnels qui se sont mobilisés à cette occasion pour revendiquer une diminution du nombre d’injonctions administratives et une amélioration des conditions de travail.

D’une manière scandaleusement cynique, le ministre, une fois de plus, tente d’instrumentaliser la dégradation des conditions de travail des personnels pour justifier son projet de statut de directeur ou directrice rejeté par les personnels au printemps dernier, alors même que le gouvernement met en œuvre le démantèlement des CHSCT et de la médecine de prévention.

Le ministre profite en effet de ces annonces pour diffuser un questionnaire aux directeurs et directrices d’école dans lesquelles les questions sont biaisées. On y trouve en effet des questions comme : "En tant que directeur/directrice d’école, souhaiteriez-vous ou non être associé à l’évaluation des professeurs de votre école : uniquement pour ce qui concerne leur coopération et contribution à l’action de la communauté éducative ? ou dans tous les domaines, dont la classe ?" On assiste donc à la mise en place d’un statut de supérieur hiérarchique en incitant à l’évaluation des collègues, instaurant toujours plus un climat managérial de suspicion et de délation au sein des collectifs de travail.

Pour SUD éducation, cette manœuvre est inacceptable. Les vraies réponses à la dégradation de travail des personnels réside dans des créations de postes massives dans dans les écoles et établissements ainsi que dans les services administratifs, et dans une augmentation des moyens alloués aux personnels pour exercer convenablement leurs missions.

SUD éducation revendique des directions d’école collégiales avec une répartition des tâches et une relation de travail horizontale, ainsi que de réels moyens pour une école publique égalitaire, autogérée et émancipatrice qui s’inscrit dans un projet de société solidaire et démocratique. De manière plus générale, SUD éducation refuse les logiques managériales et milite pour l’auto-organisation des équipes, que ce soit dans le primaire ou le secondaire.


Les conditions de travail tuent, la hiérarchie est complice !

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En mars 2019, un enseignant de l’école Flammarion à Eaubonne dans le 95, en avril 2019, une CPE du lycée Jean-Moulin de Béziers dans le 34, en mai 2019, un instituteur de l’école Victor Hugo de Barrême dans le 04, le 21 septembre, la directrice de l’école Mehul de Pantin dans le 93 et le 23 septembre un professeur de SVT à nice. En moins d’un an, tout-e-s se sont suicidé-e-s suite à leurs mauvaises conditions de travail et aux pressions exercées par la hiérarchie.

À la souffrance des personnels, l’administration répond par le silence. Pire, en février 2019 la Directrice des ressources humaines du rectorat de Montpellier va jusqu’à conseiller à des enseignant-e-s de « penser à l’euthanasie » quand ils et elles confient leur inquiétude sur l’avenir de leur métier. La pression hiérarchique augmente : les directeurs et directrices d’école doivent remplir des charges de plus en plus lourdes sans bénéficier de temps supplémentaire ; dans le cadre du PPCR, les carrières sont dictées par des appréciations arbitraires des chef-fe-s d’établissement ; la liste des missions s’allonge alors que le métier de professeur-e est de moins en moins reconnu, poussant beaucoup de collègues à démissionner. Parallèlement, l’administration a recours a de plus en plus de contractuel-le-s dont l’avenir professionnel dépend de l’appréciation des chef-fe-s. Avec la loi Blanquer, la hiérarchie sera à même de museler les personnels, notamment les syndiqué-e-s qui voudraient dénoncer les agissements d’un-e chef-fe.

SUD éducation tient à rappeler que l’employeur a l’obligation de protéger son personnel. D’après l’article L.4121-1 du Code du travail, l’employeur est tenu par la loi de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salarié-e-s. Il ne doit pas se contenter de diminuer le risque mais bien de l’empêcher. Il est de notre devoir de le leur rappeler régulièrement. Dans cette logique, il est nécessaire de construire et d’imposer un rapport de force, de ne pas rester isolé-e-s, de ne pas se rendre seul-e à un entretien avec sa hiérarchie, d’organiser des heures d’informations syndicales pour libérer la parole des collègues en souffrance, de solliciter le CHSCT, etc. Toutes et tous ensemble, nous serons plus fort-e-s contre la hiérarchie. Il n’est pas rare qu’une cellule de crise se mette en place quand les chef-fe-s sont défaillant-e-s et que certain-e-s soient alors déplacé-e-s.
SUD éducation revendique : la création d’une médecine de prévention digne de ce nom, par des recrutements massifs de médecins la mise en place et un réel suivi des risques de santé et de sécurité au travail le maintien des CHSCT et la création de CHSCT de circonscriptions dans le 1er degré et dans les services de plus de 50 agent-e-s le bénéfice de l’accident de service ou de la maladie professionnelle accordé par la Sécurité sociale et non l’administration, juge et partie


SUD éducation dénonce le travail qui a tué Frédéric Boulé
Communiqué de la fédération SUD éducation

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Nous avons appris le suicide de Frédéric Boulé. Cet enseignant de SVT de 58 ans qui exerçait depuis 28 ans au lycée international de Valbonne, a mis fin à ses jours le 21 septembre, le même jour que Christine Renon. Il s’est suicidé cinq jours après avoir rencontré le médecin de la prévention du rectorat.

Nous souhaitons présenter nos condoléances à la famille et aux proches.

Ce suicide est lié à l’extrême dégradation des conditions de travail et au manque d’une médecine de prévention digne de ce nom. Les problème de santé de Frédéric Boulé ne lui permettait plus d’exercer son métier de la même manière. Il n’a pas pu bénéficier d’un aménagement de fin de carrière ou d’une reconversion, dans un contexte où les réformes des lycées épuisent les personnels.

La souffrance au travail existe bel et bien. Elle touche l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale, tous exposés à des conditions de travail pathogènes. Ces enseignant-e-s épuisé-e-s et stressé-e-s peuvent mettre fin à leur calvaire professionnel en mettant fin à leur vie. Comme tout employeur, l’Éducation nationale a des responsabilités, comme le prévoit le Code du travail, qui oblige ce dernier à « prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ».

Le jeudi 10 octobre se tiendra un CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) académique à Nice afin qu’une enquête soit menée par les représentant-e-s du personnel pour établir le lien entre la mort de notre collègue et ses conditions de travail, exiger des vraies mesures de prévention et de protection de la part de la hiérarchie.

SUD éducation exige que chaque suicide soit porté sans délai à la connaissance d’un CHSCT et des organisations syndicales.

SUD éducation exige que le ministre communique les chiffres qui permettraient de prendre conscience de l’ampleur des suicides dans l’éducation nationale.
SUD éducation exige du Ministre que cesse la mise en place d’organisations du travail pathogènes et demande de réelles mesures de prévention et de protection des personnels afin d’éviter que ce drame se reproduise encore.
SUD éducation appelle aussi tous les collègues à prendre en charge cette question de la souffrance au travail, question qui ne peut se réduire, comme le voudrait l’institution, à des aspects personnels et privés.

SUD éducation revendique :

le maintien des CHSCT
le droit des collègues de s’absenter pour assister aux obsèques
que chaque suicide soit porté sans délai à la connaissance d’un CHSCT et des organisations syndicales
la reconnaissance des suicides liés au travail
que l’employeur renonce au management pathogène et qu’il prenne des mesures de prévention en terme d’organisation du travail.
que les personnels bénéficient de la visite médicale annuelle de droit avec la médecine de prévention (médecine du travail dans la fonction publique)


Appel à la grève ce jeudi 3 octobre en hommage à notre collègue Christine et pour protester contre la souffrance au travail induite par les réformes successives et en cours qui nous dépossèdent complètement de notre savoir-faire et de nos capacités à enseigner décemment.

FAITES REMONTER VOS INTENTIONS DE GREVE JUSQU’A CE MARDI 1ER OCTOBRE

Les actions prévues ce jour-là :

Rassemblement à 12h15 à la DSDEN 92
167-177 avenue Joliot-Curie à Nanterre

Rassemblement à 12h15 devant l’IEN de Gennevilliers

Et surtout :
Rassemblement à la DSDEN 93 à Bobigny à 13h30, 8 rue Claude Bernard


Voici nos communiqués sur la question :

Minute de silence lundi en hommage à Chirac : l’indécence

https://www.sudeducation.org/Minute-de-silence-lundi-en-hommage-a-Chirac-l-indecence.html

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Voici le communiqué (ci-dessus en PJ et ci-dessous) de SUD Education par rapport à la proposition du ministre de faire une minute de silence pour Chirac...Alors qu’on a une collègue, directrice d’école à Pantin qui s’est suicidée la semaine dernière, dans le silence le plus total du ministre...

https://www.sudeducation.org/Minute-de-silence-lundi-en-hommage-a-Chirac-l-indecence.html

Donc c’est à vous de décider : si vous ne voulez pas observer une minute de silence pour Jacques Chirac (pour les raisons que vous voulez : inconnu de bcp d’élèves, ce qu’il représente...) ; vous pouvez soit décliner, soit observer une minute de silence pour notre collègue de Pantin, qui s’est suicidée en laissant des lettres indiquant bien qu’il s’agissait de raisons professionnelles en insistant sur les problématiques du métier d’enseignant-e).

Contactez-nous dès la moindre allusion à votre refus de l’observer par l’IEN ou autre, cela pourrait nuire à un prochain RDV de carrière ou autre si vous laissez passer....


Minute de silence lundi en hommage à Chirac : l’indécence
Communiqué de SUD éducation

Compte tenu de l’actualité, les personnels auraient pu légitimement s’attendre à ce qu’une minute de silence soit observée à la mémoire de Christine Renon, directrice d’école à Pantin qui s’est suicidée sur son lieu de travail samedi 21 septembre. Il n’en sera rien.
En revanche, le Premier ministre n’a pas perdu de temps pour publier une circulaire dans laquelle il invite les personnels à observer une minute de silence en hommage à Jacques Chirac lundi à 15 heures.

La circulaire ne prévoit aucun caractère obligatoire à cette minute de silence : elle “permet” aux agent-e-s d’y participer.

Ne cédons pas à l’angélisme du moment : Jacques Chirac n’est pas le personnage sympathique que l’on veut nous présenter. C’est un homme politique aux nombreuses sorties publiques sexistes et racistes dont la carrière s’est bâtie notamment :

– sur d’innombrables malversations financières et de détournements d’argent public, qu’il s’agisse de logement social ou du système de corruption communément appelé la “Françafrique”. Il a d’ailleurs été condamné en justice pour prise illégale d’intérêt ;

– sur le sang des Kanaks : alors Premier Ministre, il porte la responsabilité directe de l’exécution par forces armées françaises des militants Kanaks qui luttaient pour leur indépendance ;

– sur des essais nucléaires dans le Pacifique, dont les retombées sur la santé des peuples riverains ne sont toujours pas admises par le gouvernement.

Jacques Chirac était un homme dont la politique a toujours servi le capitalisme et les intérêts particuliers. Les salarié-e-s et la jeunesse lui ont opposé les deux plus grandes grèves de ces dernières années : en 2006, contre la « loi sur l’égalité des chances » (dont le contrat première embauche qui aurait précarisé encore un peu plus les jeunes), et en 1995 contre la casse du système de retraites que le gouvernement actuel ressort du placard.

Pour SUD éducation, il n’y a donc aucune bonne raison de rendre hommage à Jacques Chirac. SUD éducation appelle les personnels à ne pas respecter cette minute de silence, et rien ne peut les y contraindre.


SUD éducation dénonce le scandaleux silence de l’éducation nationale face au travail qui tue
Communiqué de la fédération SUD éducation

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https://www.sudeducation.org/SUD-education-denonce-le-scandaleux-silence-de-l-education-nationale-face-au.html

Nous avons appris le suicide d’une directrice d’école à Pantin, Christine Renon. Nous souhaitons à notre tour présenter nos condoléances à la famille et aux proches. Il est essentiel de rappeler ici le devoir de protection des agent-e-s qui incombe à l’administration. Comme le prévoit le Code du travail, l’Éducation nationale a des responsabilités et se doit en tant qu’employeur de « prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ».

L’école n’a été fermée que le jour où le corps de notre collègue a été découvert. Lors de l’hommage qui lui a été rendu, aucun-e représentant-e de l’institution n’a daigné se présenter : ni DASEN, ni IEN, ni ministre. Jean-Michel Blanquer n’est même pas capable dans son message écrit tardivement sous la pression médiatique sur Twitter de reconnaître la réalité pour ce qu’elle est : le suicide d’une agente sur son lieu de travail en raison de ses conditions de travail.

Pourtant, Christine Renou établit elle-même clairement les responsabilités de l’administration dans le dernier courrier. Elle pointe l’autoritarisme, l’infantilisation, l’humiliation, l’intimidation, les pressions hiérarchiques qui affectent le travail des personnels. La souffrance au travail existe bel et bien, souterraine et culpabilisante. Elle touche l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale, tou-te-s exposé-e-s à des conditions de travail pathogènes. Ces enseignant-e-s qui subissent l’extrême dégradation de leurs conditions de travail mettent fin à leur calvaire professionnel en s’ôtant la vie.

Ces derniers mois, plusieurs départements comme le Val d’Oise, l’Hérault ou les Alpes de Haute-Provence ont été endeuillés par des suicides en lien avec le travail.
Lundi 23 septembre, le suicide de cette directrice est encore un suicide de plus et de trop.
Face à ces suicides, le ministre n’apporte aucune solution. Bien au contraire, ses réformes délétères dégradent les conditions de travail des collègues.

SUD éducation a interpellé les autres organisations syndicales afin d’approfondir un travail unitaire sur les suicides liés au travail.

SUD éducation exige que le ministre communique les chiffres qui permettraient de prendre conscience de l’ampleur des suicides dans l’éducation nationale.
SUD éducation revendique :
- le droit des collègues de s’absenter pour assister aux obsèques
- la reconnaissance immédiate des suicides liés au travail
- que chaque suicide soit porté sans délai à la connaissance d’un CHSCT et des organisations syndicales
- la fin du management pathogène, cause directe de la souffrance au travail et du suicide des personnels.