Conseil Pédagogique ? On n’en veut pas !

lundi 22 mars 2010
par  SUD Education 92

La réforme des lycées se réduit finalement à peu de choses. Après le retrait du projet « usine à gaz » de Darcos, en décembre 2008, Chatel se recentre sur les fondamentaux :

La réduction des horaires disciplinaires, afin d’éponger les suppressions de postes

Le renforcement du pouvoir des chefs d’établissements afin de répondre à la logique entrepreneuriale dictée par la LOLF (loi organique relative aux lois de finances).

Officiellement il ne s’agit d’ailleurs pas, ou à peine, d’une « réforme », ce qui permet de contourner le législateur et d’agir par simples décrets. En faisant ainsi l’économie d’un débat public — pour mieux faire passer son projet en douce — le gouvernement nous simplifie aussi la vie. Il est plus aisé d’obtenir le retrait d’un décret que celui d’une loi.

La réactivation du conseil pédagogique est l’une des pièces maîtresses de la mise en place de la réforme Chatel. Son installation remonte à la loi Fillon du 23 avril 2005 (Loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’École). Elle répondait à une demande insistante du SNPDEN (syndicat majoritaire des chefs d’établissements et membre de l’UNSA-Education) qui, sous le motif d’une meilleure concertation avec les enseignants pour la préparation du projet d’établissement, réclamait une instance supplémentaire pour les encadrer. L’élargissement des compétences du chef d’établissement au domaine pédagogique exigeait en effet l’instauration de cette hiérarchie intermédiaire, dénoncée alors, et à juste titre, par de très nombreux collègues comme une forme de « caporalisation ».

Mais avec le projet de Chatel le conseil pédagogique devient réellement l’instrument du renforcement et de l’élargissement du pouvoir du chef d’établissement en matière pédagogique.

Renforcement : Le proviseur préside le conseil pédagogique, convoque ses réunions, en fixe l’ordre du jour et...en désigne les membres. Le C.A. et ses membres élus feront office de chambre d’enregistrement.

Elargissement : le conseil pédagogique ainsi placé sous la tutelle du chef d’établissement, organise les enseignements en groupes de compétences ainsi que l’aide et le soutien, il fixe les modalités de l’accompagnement personnalisé, ainsi que la répartition des horaires hebdomadaires (6 à 10 heures) à redistribuer aux disciplines dans le cadre de l’autonomie des établissements, il détermine les modalités de notation et d’évaluation des activités scolaires, des échanges culturels et linguistiques ainsi que de changement d’orientation en 1ère. (Les textes officiels sont affichés sur le panneau syndical).

Il s’agit donc clairement d’une remise en cause de notre liberté pédagogique. Nous ne serons plus les concepteurs de notre enseignement et de notre pratique pédagogique, mais de simples exécutants de décisions administratives. Et nous serons payés, notés et évalués en conséquence.

C’est aussi la porte ouverte aux luttes d’influence entre disciplines (on le pressent déjà), aux conflits entre collègues, à la concurrence entre établissements, puisque de toute façon le conseil pédagogique, chacun le sait bien, n’aura pas d’autres possibilités que d’ajuster la pénurie globale aux situations locales.

Enfin, levons immédiatement une ambiguïté qui pourrait troubler nos élèves et leurs parents. Le conseil pédagogique ne sera pas, ne pourra pas être un instrument d’innovation ou d’expérimentation pédagogique. D’une part parce qu’il s’agit bien là du genre d’initiative qui reste absolument étrangère à l’idéologie actuellement monnayée par le gouvernement (cf. la réforme du primaire). D’autre part parce que le conseil pédagogique a été conçu et voulu comme un simple instrument de « management », ajusté aux impératifs d’une « culture » de résultats, où seule la baisse de la dépense publique est un objectif en soi.

Nous connaissons déjà les prochaines étapes : le salaire au mérite, la constitution d’indices de performance des établissements, le recrutement local, la précarisation etc... Mais rien n’est encore joué. Il s’agit seulement que de décrets, et Chatel peut encore reculer comme le fit Darcos. Il faut se mobiliser.

SUD Education 92


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