Le débat sur les notes : un bel écran de fumée

samedi 21 mars 2015
par  SUD Education 92

On peut créditer le gouvernement actuel de deux choses. Premièrement avoir de la suite dans les idées, puisque le débat sur les notes a été lancé par Benoît Hamon puis repris par Najat Vallaud- Belkacem. Deuxièmement, savoir bien communiquer car ce débat a permis d’occuper l’espace médiatique et même envahi les conversations y compris (surtout) dans les salles des professeurs à un moment pourtant où les sujets de discussions ne devraient pas manquer (rythmes scolaires, réforme des statuts, démantèlement de l’éducation prioritaire, etc.).

Il permet même aux locataires actuels du Ministère de l’Education nationale de se présenter comme des remparts contre les réactionnaires de tout bord qui ont évidemment réagi par une levée de boucliers bien prévisible et à n’en pas douter dûment escomptée.

C’est un écran de fumée car il permettrait de parler d’un vrai sujet : la question de l’évaluation, mais il le contourne habilement pour ne pas l’aborder vraiment.

L’évaluation est évidemment un vrai sujet, et il suscite un écho d’une ampleur légitime. Encore faut-il clairement analyser en quoi cet écho est légitime. Le problème que pose l’évaluation c’est son rôle central dans l’école de la méritocratie républicaine d’aujourd’hui.

Or cette école est une école profondément inégalitaire. En effet, son but est de faire du tri social pour dégager une élite (les élèves « méritant-e-s ») qui va accéder à des postes de dirigeant-es dans les grandes entreprises ou dans la haute fonction publique (souvent les deux). Pour qu’une telle élite puisse se dégager et justifier la place hiérarchique qu’elle va occuper dans la société, il faut qu’elle puisse se distinguer en intégrant des grandes écoles, dont le prestige est inversement proportionnel au nombre de places qu’elles offrent, il faut donc en exclure massivement les élèves.

COMMENT EXCLURE CES ÉLÈVES ?

En les évaluant bien sûr, pour séparer le bon grain de l’ivraie. Et les exercices, compétences et autres items sur lesquels illes vont être évalué-e-s seront tous basés sur le même principe : récompenser ceux qui intègrent le mieux le discours dominant, qui en maîtrisent le mieux les codes.

Toutes les études sociologiques montrent que le capital culturel – un milieu familial qui connaît les rouages du système scolaire en particulier – est déterminant, et c’est naturel dans un tel système d’évaluation. Ceux qui vont être exclus seront donc les élèves issus des milieux populaires, à de rares exceptions près qui seront les alibis « méritants » de ce système inégalitaire.

L’ÉVALUATION EST DANS LE SYSTÈME
SCOLAIRE ACTUEL UN OUTIL DE
SÉLECTION, DE HIÉRARCHISATION ET
D’EXCLUSION.

Cet état de fait changera-t-il si au lieu d’évaluer les élèves par des notes chiffrées on les évalue avec des lettres, des couleurs ou même des smileys ? Évidemment, non, puisqu’on n’aura pas touché au rôle même de l’évaluation.

La vraie question devrait être « quelle évaluation et pour quoi faire ? » et elle ne peut en fait être résolue qu’à travers la question fondamentale qui est « quelle école pour quelle société ? ».

Tout autre débat mené sur le problème des notes ne peut donc être que poudre aux yeux et écran de fumée.

C’est pourquoi SUD Education est pour

* Une école unique de la maternelle à l’université, car nous sommes contre toute forme de hiérarchisation et d’exclusion

* Une école polytechnique car nous refusons une formation qui distingue deux types
d’élèves : ceux qui utilisent leur tête et ceux qui utilisent leurs mains. Comprendre le monde et agir dessus ne peuvent être déconnectés.