Pédagogie : le cahier de réussite

samedi 21 mars 2015
par  SUD Education 92

Le slogan de Sud Education « une autre école pour une autre société » n’est pas utopique. Dans beacoup de classes, des enseignant-e-s mettent en oeuvre des pédagogies innovantes qui améliorent le quotidien de millions d’élèves. Ce sont ces pratiques alternatives que notre journal se propose d’exposer afin de mutualiser
nos outils émancipateurs. Je me sens fière de présenter en premier un des outils de ma pratique : le cahier de réussites.

Traditionnellement, l’évaluation est imposée par l’enseignant et pointe majoritairement les lacunes des savoirs que l’institution force nos élèves à ingurgiter.

Au contraire, le cahier de réussites permet à chaque élève d’être conscient-e de ses forces, de ses capacités. Il-le se focalise sur des fiertés personnelles afin d’accroître le sentiment de confiance en soi en créant une ambiance d’harmonie bienveillante au sein de la classe.

En pratique, chaque élève a un cahier dédié (cette année j’ai choisi un format à l’italienne de pages blanches). Toutes les semaines, il-le note une ou plusieurs réussites dont il-le est fier (en commençant sa phrase par « j’ai réussi à\ ») et l’illustre. Ce cahier n’est jamais corrigé orthographiquement.

Puis, en cercle collectif chaque élève lit sa réussite et montre son illustration. Les autres élèves félicitent en applaudissant en langage des signes (j’aspire personnellement au calme dans ma classe). En maternelle, les élèves peuvent dessiner une fleur ou le moment de fierté auquel il-les pensent et cela crée un moment de langage oral collectif.

C’est très gratifiant de voir la fierté dans les yeux de l’élève qui affirme qu’il a réussi sa première division ou bien qu’elle a réussi à aller jusqu’à Colombes en vélo. Au départ, certains élèves peuvent rencontrer des difficultés à identifier leurs réussites et nécessitent l’aide de l’enseignant-e ou de leurs camarades, mais très vite il-les s’habituent à réaliser le chemin parcouru plutôt que ce qu’il reste à acquérir. On
peut voir que chacun-e a des forces, même celui qui n’a pas encore compris la différence entre un adverbe et une préposition, et que celles-ci s’additionnent.

C’est aussi un rituel lors du conseil des maîtres de mon école, avant de mettre en place les emplois du temps aménagés pour les élèves perturbateurs ou de parler des services d’étude que de faire tourner le cahier de réussites des personnels (enseignant-e-s, agent-e-s, animatrice-eur-s). Dedans, étant donné que le cerveau humain n’intègre pas la négation, les phrases ont des tournures positives : "j’ai réussi à ..." plutôt que "j’e n’ai pas réussi à ...".

Les émotions positives générées par ce cahier de réussites permettent un grand épanouissement individuel et collectif pour une classe et plus tard une société plus solidaire.

J.