Enseigner : oui ! En saigner : non !

samedi 21 mars 2015
par  SUD Education 92

On a espéré que les assassinats terroristes des 7 et 9 janvier ouvrent les yeux des politiques et que la classe dirigeante dans son ensemble remette en cause un système qui amène de jeunes français à assassiner d’autres français pour ce qu’ils sont ou dessinent.

On a escompté qu’un lien soit établi avec l’éducation qui n’arrive visiblement pas à armer les jeunes pour faire face aux extrémismes quels qu’ils soient. On a entendu des enseignante-s dire que si des jeunes collégiens ou lycéens perturbaient la minute de silence c’était qu’ils n’étaient pas dupes et se sentaient déjà sans avenir dans cette société.

On aurait aimé entendre que le gouvernement comprenait et allait par conséquent augmenter considérablement le budget de l’Education nationale afin de pouvoir offrir des conditions d’enseignement idéales dans tous les quartiers ; qu’il allait revoir en urgence la carte de l’éducation prioritaire pour donner plus partout où la situation l’exige, et non en fonction de moyens insuffisants annoncés en décembre.

On a rêvé d’entendre que l’humour, le rire, le dessin et l’Histoire allaient devenir des matières fondamentales, que les 3 filières d’enseignement étaient supprimées, qu’un enseignement polytechnique pour tou-te-s jusqu’à 1 8 ans allait être mis en place privilégiant l’éducation par l’échange au sein du collectif qu’est la classe, l’enseignement mutuel, le développement de l’esprit critique, la construction patiente d’une pensée autonome chez les élèves, la conviction et le raisonnement, que les établissements privés allaient être nationalisés pour mettre fin au stratégies d’évitement de la carte scolaire et faire de la mixité une priorité.

On a cru que le concordat en Alsace-Moselle prenait fin et que la laïcité ne serait plus avancée comme principe permettant de stigmatiser une religion plus que les autres. Quand on a vu les écrans publicitaires afficher durant 3 jours « Je suis Charlie », on s’est dit « ça y est, c’en est fini de la pub et de cette société de consommation pourrie ! L’équipe de Charlie n’est pas morte pour rien, à partir d’aujourd’hui, tous ces panneaux énergivores vont servir à diffuser des caricatures pour nous provoquer, nous faire débattre, nous aider à combattre les extrémistes nationalistes et religieux, la pensée dominante, le capitalisme qui nous mène droit dans le mur. » Oui, nous étions plein-e-s d’espoir ! Vous croyez vraiment que nous sommes si naïfs ? ...

La suite du 7, vous la connaissez. Le gouvernement instrumentalise et dévoie la laïcité pour légitimer le développement d’un arsenal de mesures normatives et répressives visant à définir un « comportement citoyen » imposé à tous les niveaux.

Le maximum pour la police, l’armée, les prisons (on connait le résultat) mais le minimum pour l’école publique. La privatisation des services publics continue de se faire naturellement, en douceur. La grève peut être avancée par certains parents comme motif pour inscrire leurs enfants dans le privé mais ce sont ces mêmes parents qui de toutes manières auront les moyens de partir quand le collège ou le lycée de leur enfant aura perdu trop d’heures, ce qui arrive fatalement s’il n’y a pas de grève pour s’y opposer.

Pression sur les enseignant-e-s pour qu’illes rabâchent à leurs élèves des principes républicains qui sonnent creux (voir la formation « Laïcité » de M@gistère) et qu’illes renoncent à leur liberté d’opinion : l’école "ne tolère aucune remise en cause des valeurs de la République" dixit notre ministre. L’égalité en droits entre un sans-papier et un avec-papier, où est-elle ? Cerise sur le gâteau, les enseignant-e-s doivent dénoncer les élèves ou parents qui ne respecteraient pas ces-dits principes, un prof de philosophie à Poitiers a été suspendu après un débat sur les évènements avec ses élèves. En participant à cette mascarade démocratique, nous sommes sûr-e-s, en tant qu’enseignant-e-s de couper le contact avec une part importante de nos élèves et/ou de leurs parents et ainsi permettre à tous les fanatismes de trouver d’autres Kouachi-Coulibaly. Reste la communication impeccable qui a suivi ces évènements tragiques, Hollande n’a jamais été aussi haut dans les sondages. Les mêmes politiques qui s’affichaient dans la rue dimanche 1 1 janvier comme sauveur/euse de la liberté d’expression révoquent un postier pour faits de grève dans le 92, condamnent des colleurs d’affiches à des peines très lourdes, intiment aux enseignant- e-s de se taire sous prétexte d’un « devoir de réserve » qui n’est dans aucun texte statutaire... la liste est longue !